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Les Enfants du Marais enchantent la Maison ronde

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Paris. Studio 104 de la Maison de la Radio. 19-X-2019. Les Enfants du Marais (2019) : Pascal Quignard (né en 1948), livret et récitant ; Suzanne Giraud (née en 1958) musique. Maya Villanueva, soprano ; Élodie Fonnard, soprano ; Pauline Sikirdji, mezzo-soprano ; maîtrise de Radio France, Samy Zaghia, soliste, Morgan Jourdain direction ; orchestre philharmonique de Radio France, Kornilios Michailidis, direction. Bertrand Amiel, bruiteur ; Daniel Zalay, musicien metteur en ondes

Réjouissant : un vrai conte musical, avec ses situations très concrètes, son aura de mystère, sa portée symbolique ! met tout son talent de compositrice au service d’un texte de qui s’impose par sa beauté sans apprêt. Plus la fraîcheur de trois chanteuses et des voix d’enfants qui emplissent tout l’espace. Quand grandeur et modestie se trouvent réunies.

Giraud005Commande de Radio France (à réentendre le 15 novembre sur France Culture), Les Enfants du Marais, adaptation d’un texte plus ancien de intitulé Le Chant du Marais, nous transporte dans le quartier du Marais, à Paris, au moment des guerres de Religion. Chaque année, y est organisé à destination des chœurs paroissiaux un concours de chant pour les garçons non pubères. Craignant que le protestant Bernon ne lui ravisse la première place, le catholique Marcellin l’attire à l’écart, le poignarde, détache la tête du corps, jette celui-ci dans la Seine et dissimule le visage défiguré parmi les pierres de la rive. Une année s’écoule, et, revenant sur les lieux de son crime, Marcellin entend une voix qu’il ne connaît que trop bien : c’est le crâne qui chante ! Il l’exhume et l’emporte. Puis, après avoir été hué lors de la compétition annuelle et ayant perdu sa place dans sa chorale, car sa voix est en train de muer, Marcellin va d’auberge en auberge, exhibant son trophée merveilleux et gagnant ainsi beaucoup d’argent. Jusqu’à ce que la légende arrive aux oreilles du gouverneur du port de la Rochelle, un protestant qui ne croit pas au miracle et qui offre au catholique haï le choix entre gagner son poids en or si la tête chante devant lui ou mourir dans le cas contraire. Le prodige ne se reproduisant pas, Marcellin est exécuté. L’ossement se remet alors à vocaliser, séduisant le gouverneur avant de le lasser, et finira dans un grenier, oublié de tous.

Une histoire sombre dans une France à feu et à sang. Un zeste de merveilleux qui éclaire la nuit humaine. Des images bien réelles qui à elles seules portent l’imagination. Tout est là et nul n’était besoin de troubler cette belle eau par les ratiocinations d’un metteur en scène.

D’emblée, la diction naturelle de Pascal Quignard impose son texte qui va tout droit comme une évidence, celle de la simplicité d’une écriture factuelle parfaitement maîtrisée. La narration solitaire s’interrompt pour laisser entendre la musique. Ne cherchant pas à être originale, a eu la très bonne idée de séparer la maîtrise de quarante chanteurs en deux chœurs, l’un protestant, l’autre catholique, et de poser le contexte historique d’un pays coupé en deux en faisant citer par le premier un psautier composé au XVIᵉ siècle par , et, par le second, un hymne marial en latin. L’autre invention, magistrale, est celle du Coryphée – trois femmes placées entre la maîtrise et l’orchestre, et intervenant séparément ou ensemble. Ce petit groupe joue un rôle comparable à celui du chœur dans la tragédie antique, faisant par ses commentaires répétés à satiété chauffer et enfler le drame, lui donnant une autre portée, plus allégorique. À signaler en premier lieu : la soliste , au timbre de voix bouleversant, à la puissance étonnante et au sens des nuances très convaincant aussi. La sopraniste s’impose comme l’étoile de la soirée ! La musique n’est jamais intrusive, les tutti alternant avec les traits tantôt d’un violoncelle, tantôt d’un cuivre (très jolis motifs de la trompette), tantôt encore de l’un des percussionnistes, si importants dans cette partition (le temps et la tension dramatique n’étant jamais aussi bien exprimés que par la simple battue d’une mailloche sur un xylophone ou d’une tige sur un triangle). Imperturbablement, déclenche les interventions multiples. Autre acteur de premier ordre, le discret bruiteur (Bertrand Amiel). Isolé de l’orchestre dans sa cage de verre, il agite la main dans une bassine d’eau, froisse des « feuilles » ou entrechoque des planches, faisant naître avec une incroyable puissance d’évocation le cours du fleuve, des pas sur la rive, une barque poussée ou la mousse qu’on fouille fébrilement.

La dernière phrase du texte, dite par le récitant, est : « Nous n’entendons pas le souffle de la Terre qui tourne. » Ce soir, c’est la poésie qui souffle sur nos têtes captivées.

Crédits photographiques : Une © Chandeigne – Gabriel Schemoul – Le Chant du Marais, 2016 ; Suzanne Giraud@ DR / www.suzannegiraud.com

 

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Paris. Studio 104 de la Maison de la Radio. 19-X-2019. Les Enfants du Marais (2019) : Pascal Quignard (né en 1948), livret et récitant ; Suzanne Giraud (née en 1958) musique. Maya Villanueva, soprano ; Élodie Fonnard, soprano ; Pauline Sikirdji, mezzo-soprano ; maîtrise de Radio France, Samy Zaghia, soliste, Morgan Jourdain direction ; orchestre philharmonique de Radio France, Kornilios Michailidis, direction. Bertrand Amiel, bruiteur ; Daniel Zalay, musicien metteur en ondes

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