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Daniel Roth, vie et enseignements d’un musicien organiste

En deux volumes d’entretiens parait la vie d’un musicien organiste, , dont on suivra le parcours depuis l’Alsace jusqu’aux claviers de Saint-Sulpice à Paris, au travers de ses actions en faveur de l’enseignement, de la liturgie et de la préservation des instruments anciens. Un ouvrage passionnant qui s’adresse au mélomane, profane ou spécialiste de l’orgue.

Suite au décès de Jean-Jacques Grunenwald en décembre 1982, la tribune de Saint-Sulpice à Paris attendait un nouveau titulaire. fut nommé début 1985, à la satisfaction du monde de l’orgue qui voyait en lui, outre ses grandes qualités de musicien, un ardent défenseur de l’orgue ancien et en particulier celui du XIX° siècle, dont le facteur Aristide Cavaillé-Coll fut le sommet. Durant toutes ces années n’a cessé de faire rayonner l’orgue de Saint-Sulpice dans le monde entier, chargé d’histoire, veillant de très près à sa conservation (préservation et entretien régulier).

Le livre qui lui est consacré se compose de deux tomes : le premier parle du parcours du musicien depuis son Alsace natale, le conservatoire, les concours, Montmartre, Saint-Sulpice… Un dernier chapitre parle aussi de la restauration des instruments historiques. Tout se déroule ici sous la forme d’entretiens menés par Pierre-François Dub-Attenti et Christophe Zerbini, rassemblées pendant plus de six années sur les différentes étapes de la vie musicale de l’artiste. On découvre ainsi des conversations remplies de faits précis, jusqu’aux détails, d’explications précieuses qui viennent enrichir la culture générale des mélomanes intéressés par ce monde particulier de l’orgue. On apprécie la hauteur de vue de Daniel Roth sur un tas de sujets, avec des descriptions, des tendances sur les différentes écoles d’orgue, déterminantes selon lui pour un abord convenable et informé de divers répertoires. Il nous parle de la vie des tribunes, mais aussi des rapports avec le clergé, les confrères, le public… une mine foisonnante d’évènements, d’anecdotes et de réflexions sur la vie d’un organiste.

Le second volume de couleur jaune, complémentaire à la couleur bleue du premier tome, se rapporte plus précisément à la pratique même de l’orgue, sous la forme de réflexions sur l’interprétation. Divers aspects primordiaux sont abordés: l’agogique, le rubato, le toucher, la registration, la boite expressive… autant de sujets fondamentaux pour rendre humaine cette machine-orgue. Les questions sont pertinentes, les réponses à l’image du grand professeur qui livre sans détour son savoir pour l’enrichissement de tous. Au delà de certains aspects techniques, ces entretiens permettent aux mélomanes de mieux comprendre les problématiques liées à l’inertie intrinsèque de l’orgue et de sa transformation vers un discours plus humain et vivant, où ses remarques sur l’interprétation prennent un sens particulier dans l’approche du répertoire.

Quelques sujets sont encore abordés comme les transcriptions à l’orgue ou l’improvisation. Pour autant, c’est le chapitre dédié au compositeur qui retient particulièrement l’attention du lecteur : on y découvre un artiste inspiré par la tradition de la musique sacrée, le grégorien, tout ce qui allie la mélodie et le rythme afin de construire un discours capable de toucher l’auditeur.

A la suite de Michel Chapuis, autre grand défenseur de l’orgue de notre pays et initiateur dès les années 50 d’un mouvement nouveau en faveur d’un large patrimoine musical, Daniel Roth s’inscrit à sa suite comme l’un des grand maîtres de notre temps, qui par son humilité et son empathie envers ses collègues organistes, demeure l’un des artistes les plus importants et les plus attachants de notre temps.

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