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András Schiff joue les Variations Goldberg à la Philharmonie

Après le Concerto italien et l’Ouverture à la française de Bach, s’attèle aux magistrales Variations Goldberg. Dans la continuité de ses enregistrements de l’œuvre, il livre, avec une superbe endurance, une prestation d’une grande tenue.


Conçu autour de trois œuvres de dont les Variations Goldberg, le programme d’ en ce début d’année à la Philharmonie de Paris s’avère particulièrement copieux, bien qu’il garde une parfaite cohérence. Non numérotée, la 4e et dernière des Clavier-Übung du maître est celle desdites variations, tandis que la 2e est constituée du Concerto italien en fa majeur BWV 971 et de l’Ouverture à la manière française BWV 831. Ces deux cycles sont en plus les seuls pour lesquels un instrument est précisé par le compositeur, normalement le clavecin à deux claviers, même si Schiff, comme la majorité des interprètes depuis le XXe siècle, lui préfère le piano ; à Paris pour l’occasion, un magnifique Steinway & Sons.

Il débute avec le Concerto italien, d’une impressionnante virtuosité, par un jeu que l’on s’attendait à entendre plus austère. Le premier mouvement enjoué permet de découvrir une main droite particulièrement agile, bien soutenue par la gauche, toutefois plus suiveuse en contrepoint. Les pauses se font légèrement raccourcies, pour maintenir un flux métrique à l’ensemble. Plus rapide que chez beaucoup, ce mouvement est suivi d’un Andante interprété sans affèterie ni pathos, à l’image plus tard de la 25e variation, peut-être un peu trop distante. Suit l’Ouverture à la française, dont l’exécution assombrit l’atmosphère par rapport à celle de la pièce précédente, bien contrastée, notamment les Gavottes, puis les Passepieds. La Sarabande retrouve une tonalité plus mélancolique, redynamisée par les Bourrées et la Gigue, avant un Echo marqué, bien que le pianiste, ici comme dans toute l’œuvre, n’utilise pas les pédales.

Intégralement dévolue aux Variations Goldberg, la seconde partie indique rapidement qu’András Schiff reste fidèle à ses préceptes et jouera toutes les reprises, au risque de nous embarquer dans un parcours de soixante-dix minutes. Très différents de la vision de Pierre-Laurent Aimard, la saison dernière dans la même salle, les tempi comme l’interprétation globale se montrent dans la pleine lignée des précédents enregistrements du pianiste, similaires à celui de 2001 réalisé à Bâle pour ECM. La dextérité quasi intacte n’est touchée que dans les dix dernières variations, où malgré une incroyable endurance, la fatigue commence à se faire ressentir. Et s’il fait alors preuve de moins de souffle, car moins concentré après déjà deux heures de musique, au risque de manquer d’impact lors du dernier Adagio de l’œuvre – la 25e –, l’artiste impressionne dans la tenue des variations à deux claviers. Et notamment celles où il faut croiser les mains, tout particulièrement la 14ᵉ, sans doute le moment le plus impressionnant du concert. Sinon, les toccatas convainquent d’abord plus que les canons, jusqu’à la variation n° 12, qui inverse la tendance avec un canon à la quarte magnifiquement réalisé.

À la fin du voyage, l’Aria en da capo conclut une soirée achevée par les applaudissements d’un parterre debout.

Crédits photographiques : © Nadia F. Romanini / ECM Records

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