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Le feu et la poésie du violon de Li-Kung Kuo, un grand talent

Attention : un talent rare du violon. Li-Kung Kuo est de bout en bout convaincant dans ce programme français.

Li-Kung Kuo, un Taïwanais à Paris, est titulaire d’un diplôme de l’École normale de musique, où il a reçu le Diplôme supérieur de concertiste, ainsi que lauréat du Concours Léopold Bellan et du Concours international Glazounov. À l’écoute de ce disque, nous constatons qu’il a bien fait d’emménager en France : sa sensibilité artistique semble correspondre idéalement à l’esprit de la musique de ce pays, combinant l’élégance aristocratique, l’amour de la richesse des couleurs et un raffinement dans les moindres détails.

Li-Kung Kuo saisit par un jeu somptueusement articulé, d’une densité éloquente et d’une puissance magnétique. Sa palette de nuances est variée avec un son exempt de dureté ou d’acidité. Il respire profondément, au point de nous faire savourer les silences comme, particulièrement, les délices du contour mélodique qu’il sculpte avec un archet aussi précis qu’immatériel. Que de naturel et de simplicité dans ces cantilènes brillantes de mille feux autant que séduisantes par la douceur du clair-obscur (l’Allegretto moderato de la sonate de Saint-Saëns) et des atmosphères qui s’en dégagent, telles des oiseaux fugitifs (finale de la Sonate de Debussy, mélange doux-amer). Que d’harmonie et de justesse dans ces phrasés baignés de désolation (Poème de Chausson) et de larmes (Nocturne de Reynaldo Hahn). Enfin, que de bravoure et d’enthousiasme dans les accelerandi, les accords et les coups d’archet dans le dernier mouvement de la sonate de Saint-Saëns. Faisant résonner des harmoniques fournis, le violoniste captive par cette sonorité ronde, charnue et voluptueuse, renvoyant quelques fois, comme par magie, à celle d’un Jascha Heifetz. Avec cette différence que le jeu de ce dernier, indomptable, est délibérément « masculin », tandis que celui de Li-Kung Kuo paraît animé par une délicatesse quasi-féminine.

Et le piano ? Li-Kung Kuo est accompagné par Cédric Lorel assis à un Bechstein de concert de 1898 nouvellement restauré, distillant des teintes lumineuses dans les aigus et marbre gris dans les graves. Les deux artistes sont de vrais complices : bien qu’à première vue, tous les deux discrets, ils abordent chaque mesure avec autant d’audace que de considération. Lorel est envoûtant de poésie, mais aussi il contribue – par la maîtrise de l’agogique et la transparence des textures –, au renforcement de l’intensité de ces interprétations.

Avec cette parution intitulée « Le Temps retrouvé », nous ne perdrons définitivement pas de temps. Car c’est une belle découverte d’un talent de tout premier plan qui, explorant les pages de compositeurs francophones, aiguise notre appétit pour les réalisations discographiques à venir. Ajoutons que la prise de son effectuée par Fabrice Planchat est irréprochable : nette, spacieuse, équilibrée et détaillée.

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