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Les Tchaïkovski de Daniel Lozakovich : une lecture homogène mais pâle

signe un beau programme Tchaïkovski mais son interprétation est encore un peu pâle. Souhaitons à ce jeune violoniste de dominer un lancement médiatique tapageur pour savoir mûrir à son rythme.

Le cas de laisse assez perplexe. Ce violoniste de nationalité suédoise mais originaire de Russie, né en 2001, a été présenté par son éditeur comme « le nouveau Menuhin », sans que rien dans son récent parcours ne justifie a priori pareil enthousiasme. Son premier disque comme un récital à la fondation LVMH ne nous avaient pas convaincu. La protection de lui vaut aujourd’hui cet album Tchaïkovski sous l’étiquette jaune. Passons sur la présentation prétentieuse de Spivakov confiant au nouveau « génie » (dixit la pochette) : « j’ai joué ce concerto dans mon interprétation personnelle pendant les cinquante dernières années. Maintenant c’est à ton tour de faire de même avec ce concerto pour les cinquante prochaines années »…

À l’audition, on découvre certes une interprétation de belle tenue, mais non dénuée de certains maniérismes, en particulier dans le finale, voire de quelques imperfections, notamment dans les sons filés. L’orchestre suit avec précision mais Spivakov n’est pas avant tout chef et n’apporte pas une vision très personnelle. Le reste du programme est entièrement composé autour de Tchaïkovski avec deux des trois mouvements du Souvenir d’un lieu cher mais sans le Scherzo central (alors qu’une curieuse transcription d’un air de Lenski dans Eugène Onéguine fournit un complément assez discutable), accompagnés par le piano dans la Mélodie et par l’orchestre dans la Méditation (dans l’orchestration de Glazounov apparemment). La très virtuose Valse-Scherzo ne montre d’ailleurs pas Lozakovich techniquement transcendant, loin de ce qu’étaient Repin ou Vengerov lors de leurs fulgurants débuts.

Daniel Lozakovich a certainement beaucoup de talent mais l’exposer si tôt à une notoriété forcée n’est peut-être pas lui rendre service. Sans revenir une nouvelle fois aux références historiques nombreuses dans ce concerto particulièrement célèbre ou à ses deux glorieux aînés cités plus haut, la comparaison avec l’enregistrement réalisé il y a quelques années par Julia Fischer, admirablement accompagnée par le regretté Yakov Kreizberg dans un programme similaire (Pentatone) est loin d’être à l’avantage du nouveau venu. Souhaitons à Daniel Lozakovich de dominer cette publicité excessive et de parvenir à mûrir sereinement pour devenir le grand violoniste qu’il sera peut-être un jour.

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