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A Lyon, Möbius ou porter à l’infini

Comme dans les quatre derniers spectacles des acrobates circassiens de la Cie XY, le sujet de Möbius est le collectif.  


Avec le « porté haut » comme marque de fabrique, cette compagnie offre, avec l’aide du chorégraphe , une nouvelle dimension dansée à leurs portés-hissés-plongés. C’est le collectif, la solidarité d’une compagnie qui privilégie le plus grand nombre et s’attache à créer toujours plus haut ou plus loin, à plonger ou sauter toujours mieux et plus légèrement.

Ils furent, à Lyon, la révélation de la Biennale 2014, avec au Théâtre des Célestins, leur Il n’est pas encore minuit à couper le souffle. Ils sont encore aujourd’hui une révélation, car, en travaillant avec , ils ajoutent de la danse à leurs prouesses portées. Ils se démultiplient encore, vont encore plus loin. C’est leur moto, seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ; et cela opère. Le public leur réserve encore à la Maison de la danse, un accueil dithyrambique, ils y sont longuement ovationnés, comme ils ne déméritent pas et offrent, avec l’aide du chorégraphe Rachid Ouramdane, une nouvelle dimension dansée à leurs portés-hissés-plongés. Ce soir pour cette boucle à l’infini qu’est Möbius, ils s’inspirent des “murmurations”, ce sont ces communications entre étourneaux pendant leurs vols collectifs, qui semblent réglées comme des ballets, et éclipsent un temps le soleil, tant ils sont majestueux.

Majestueux, c’est le mot qui nous vient quand nous éprouvons la peur et le soulagement en regardant ces acrobates-danseurs, tous circassiens de formation, se jeter dans le vide et se voir rattrapés par des bras bienfaisants, ou bien se hisser dans le vide, en s’escaladant les uns les autres et se voir réceptionnés par des épaules bienfaisantes ; ils sont valeureux et tellement doués que l’on en détourne par instant le regard, comme s’il fallait se détourner un temps de la vue du soleil.

Il y a beaucoup d’humilité à se mouvoir, courir, sauter, se recevoir, à plusieurs, avec beaucoup de grâce et de légèreté, quelle que soit la corpulence de chacun, les plus légers sont certes au sommet des pyramides, mais il en va de la loi de la pesanteur, ce serait inhumain de hisser si haut les plus corpulents ; murmurant silencieusement leur active confiance en chacun. Nous retiendrons les noms d’Abdeliazide Senhadji (qui lança le collectif sans tête justement) et d’Airelle Caen, qui, poids léger, souvent au sommet des colonnes, porte parfois la parole de tous.

La musique lancinante accompagne leurs trajectoires, tout de noir vêtus, puis de blanc, par bribes, et de noir de nouveau, ils s’élancent dans le vide de la salle en courant en cercle, ou dans le vide tout court. Quand ils se serrent les coudes pour se hisser les uns sur les autres et se lancer les uns vers les autres, etc. C’est, au sens propre comme au figuré, toute la salle qui retient son souffle.

“Qu’est-ce que le dedans ? / Sinon un ciel plus intense traversé d‘oiseaux / Et profond de tous les vents du retour. “ Difficile de trouver meilleure note d’intention que la leur. Et de Rilke qui plus est.

Que demande le peuple ? Panem et circenses (Du pain et des jeux), mais c’est du pain de ces circassiens-là que nous redemandons.

Crédits photographiques : Mobius – Cie XY © Christophe Raynaud De Lage

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