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Les Symphonies de Miaskovski, unique intégrale par un seul chef, Evgueni Svetlanov

Une réévaluation de l’œuvre de  est devenue plus aisée après que a entrepris, à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique, d’enregistrer l’ensemble de sa production symphonique.

On ne peut dire que la musique de Nikolaï Iakovlevitch Miaskovski (1881-1950) soit souvent jouée en nos salles de concert, où elle serait pourtant avec honneur une alternative séduisante à celle d’un Dimitri Chostakovitch, par exemple. Principalement par sa réputation, tout au moins en ce qui concerne le public non russe, Miaskovski est connu comme le compositeur moderne de symphonies le plus prolifique : il en a écrit vingt-sept sur une période de plus de quarante ans. Il était également le professeur de composition le plus distingué de la Russie soviétique, au Conservatoire de Moscou, ses élèves comprenant Aram Khatchatourian et Dimitri Kabalevski.

L’une des terribles injustices du régime communiste était que Miaskovski, dont la musique ne pouvait en aucun cas être qualifiée de subversive ou dommageable pour le régime, était l’un des rares compositeurs à avoir été attaqué nommément dans le célèbre décret du Parti communiste soviétique de 1948. La santé déjà fragile de Miaskovski en a été davantage endommagée et il n’a pas vécu jusqu’à l’âge de 70 ans : à l’été 1950, sa vie fut anéantie par un cancer.

Si l’influence de Tchaïkovski est assez évidente dans les premières symphonies, la musique de Miaskovski n’est certainement pas celle d’un épigone et elle dévoile une personnalité affirmée. Toutefois il n’a jamais été un moderniste absolu : il appartient plutôt à la génération qui constitue un pont entre les romantiques russes et les grands innovateurs du XXe siècle, tels que Prokofiev (dont il fut un grand ami) et Chostakovitch. Sa musique nécessite toutefois de la part de l’auditeur une attention soutenue, car elle ne révèle ses subtiles beautés qu’après plusieurs auditions : selon le compositeur, beaucoup de ses compositions « portent l’empreinte d‘un pessimisme profond… », même si l’une ou l’autre, comme la Symphonie n° 5 en ré majeur, ait un caractère relativement « pastoral », ou comme la Symphonie n° 16 en fa majeur « Aviation », œuvre « héroïque », lyrique et plutôt optimiste, malgré des instants de tristesse. Prokofiev a lucidement déclaré : « Tout ce qu’a écrit Miaskovski est profondément personnel et d’une intuition psychologique admirable. Cette musique n’est pas de celles qui deviennent rapidement populaires : elle est pleine de sagesse, passionnée, sombre et profondément introspective ; elle est d’un musicien philosophe. » Il ne pouvait mieux dire.

Après sa mort le 9 août 1950, et surtout dans les années 70 et 80, Miaskovski subit le purgatoire souvent habituel de l’oubli dédaigneux, alors que dans l’entre-deux-guerres, il fut le compositeur russe le plus joué à l’ouest, et dès novembre 1947, le pionnier grave la Symphonie n° 21 en fa dièse mineur pour la Columbia américaine, une des rares interprétations dont le compositeur fut satisfait : « Superbe à tous points de vue : le tempo, le son, la signification ». D’un autre côté, EMI enregistre en mars 1956, au tout début de la stéréophonie, la légendaire version du Concerto pour violoncelle en do mineur op. 66 avec Mstislav Rostropovitch et Sir Malcolm Sargent. Il faudra attendre le début des années 90, pour que Marco Polo ose une série – malheureusement inachevée – de symphonies avec divers chefs d’orchestre.

C’est à ce moment même que et son Orchestre Symphonique Académique de la Fédération de Russie (nouvelle appellation depuis 1991 de l’ancien Orchestre symphonique d’État de l’URSS) entreprennent de parachever leur intégrale, non seulement des symphonies, mais également d’autres œuvres orchestrales du compositeur, pour le label anglais Olympia, entre-temps défunt, et reprise par Alto, tout cela d’abord apparu en 17 CDs séparés, et actuellement, pour les symphonies uniquement, en un coffret de 14 CDs agrémenté de toutes les superbes notices initiales du grand spécialiste de Miaskovski, Per Skans. L’interprétation est la plupart du temps remarquable, ce à quoi on pouvait s’attendre de la part de ce chef bouillonnant, bien qu’en certains cas, notamment pour les Symphonies n° 5, n° 9 ou n° 16, certains tempi soient désespérément lents : 44 min, 42 min, 46 min, contre respectivement 36 min (Sir Edward Downes, Marco Polo), 37 min (id.), 36 min (Konstantin Ivanov, Melodiya)…

Signalons pour terminer que les trois CDs séparés Alto complémentaires aux symphonies reprennent les Liaisons op. 65, Rhapsodie slave en ré mineur op. 71, Sérénade n° 1 en mi bémol majeur op. 32/1, Sinfonietta en la majeur op. 10 (vol. 15, ALC1041) ; Silence op. 9, Sinfonietta en si mineur op. 32/2, Divertissement op. 80 (vol. 16, ALC1042) ; Alastor op. 14, Concertino lyrique en sol majeur op. 32/3, Sinfonietta en la mineur op. 68/2 (vol. 17, ALC1043).

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