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Pour Pâques, une double Passion selon saint Jean de Johann Sebastian Bach

Deux Passions selon saint Jean de paraissent de façon concomitante : un troisième opus pour et son Collegium Vocale de Gand et une première réalisation pour avec le .

La hauteur et l’esthétisme de

Pour célébrer les cinquante ans de son Collegium Vocale de Gand, Philippe Herreweghe revient à cette Passion pour la troisième fois, ici pour son propre label Phi.

Dans sa précédente gravure de 2001, il s’était fondé sur la version de 1725. Il revient ici à la version, sinon initiale, du moins traditionnelle, avec le célèbre chœur d’ouverture « Herr, Herr, Herr, unser Herrschen, dessen Ruhm in alle Landen herrlich ist ! », dont la puissance d’ombre et de lumière peut être comparée à un tableau de Rembrandt.

Le chef demeure fidèle à sa conception de l’ouvrage avec une homogénéités des pupitres et une souplesse des phrasés pour le chœur à quatre voix par tessiture. L’orchestre sensiblement réduit avec seulement six violons, où l’on retrouve les piliers du Collegium (Ageet Zweistra au violoncelle, Patrick Breukels à la flûte et Marcel Ponseele au hautbois), agrémenté d’un luth discret, conserve la somptuosité instrumentale qu’on lui connaît pour le déroulement du drame.

Côté voix solistes, on apprécie l’éloquence de en évangéliste, tandis que le Christ de paraît quelque peu distancié. Comme à l’accoutumée, Dorothée Mields rayonne dans chacune de ses interventions et nous comble dans ses arias, dont le bouleversant « Es ist vollbracht ». S’il accuse quelque fatigue dans la voix, le fidèle incarne un Pilate d’une humanité certaine et conserve une présence percutante dans ses deux airs avec chœur.

Une belle version où l’esthétique, la clarté et la lisibilité l’emportent sur l’urgence du drame.

La cohésion de

Formé à la direction de chœur à Dresde et largement influencé par la tradition allemande de la musique d’église, Hans-Christoph Rademann se passionne autant pour la redécouverte de la musique ancienne que pour la promotion de la musique contemporaine. On lui doit de superbes gravures avec le RIAS Kammerchor de Berlin qu’il a dirigé pendant huit ans avant de succéder à Helmut Rilling à la tête de la Bachakademie Stuttgart, qu’il a rebaptisée de son nom d’origine Gächinger Kantorei. Il a également signé une mémorable intégrale de la musique vocale d’Heinrich Schütz avec le chœur de chambre de Dresde.

Connaissant son Bach sur le bout des ongles, il a choisi la version de 1749 de la Passion selon saint Jean. Avec des tempos assez vifs dans les chorals et une ferveur soutenue tout au long de l’ouvrage, on apprécie une cohésion d’ensemble bien menée et une motricité souple des phrasés où le style du chef se reconnaît aisément. Il nous donne une belle version chorale dans la tradition luthérienne où le drame qui se joue passe au second plan.

Brillant dans les airs, l’évangéliste de est plus contemplatif que dramatique. incarne un Christ à la fois digne et altier et Mattias Winkler donne vie à un Pilate mordant avec un beau timbre dans les airs de basse. Le timbre clair d’ n’atteint pas la performance de Dorothée Mields chez Herreweghe, tandis que le contre-ténor Benno Schachtner semble sur la réserve avec un « Es ist vollbracht » plutôt pâlichon.

Cette version d’une belle probité, que l’on aime surtout pour les chœurs, ne fait toutefois pas bouger les lignes dominées par les grands anciens Harnoncourt, Schreier, Gardiner et… Herreweghe.

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