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Finghin Collins aborde les Quatuors avec piano de Mozart

Après un disque Chopin très réussi, confirme dans les Quatuors avec piano de Mozart.

Ces deux œuvres de Mozart, datant du milieu des années 1780, sont comme frère et sœur. Grâce à elles, Mozart se réjouit d’avoir des textures plus riches que dans ses trios avec piano, et une plus grande variété de sonorités que dans ses quatuors à cordes. Il semble y avoir trouvé un moyen de donner à chaque instrument – piano, violon, alto et violoncelle – son sens légitime de l’indépendance. Bien que la partie de piano supporte par moments l’intensité de ces compositions, à l’instar de certains concertos, les quatre instruments y sont toutefois mis sur un pied d’égalité, l’écriture des cordes n’étant jamais banale ou ennuyeuse.

À l’époque, l’esprit du maître de Salzbourg est plein d’idées créatives. Parallèlement, il élabore – pour n’en citer que quelques pages –, les Concertos pour piano et orchestre K. 466, K. 467, K. 482, K. 488 et K. 491, le Quatuor à cordes K. 465, ainsi que l’opéra Le Nozze di Figaro. Si, dans ces dernières œuvres, il cultive des terres déjà connues, il ne fait cependant référence à aucune tradition dans ses quatuors avec piano. Car, ni Haydn avant lui, ni Beethoven après lui, n’ont écrit pour cette combinaison instrumentale curieusement négligée. Apparemment, Mozart voyait ces deux partitions, ne comportant respectivement que trois mouvements, plutôt comme des sortes de sonates enrichies de voix supplémentaires, et non comme des quatuors à cordes, ceux-ci comprenant quatre mouvements.

D’après le catalogue de Mozart, le Quatuor avec piano K. 478 fut achevé le 16 octobre 1785, sur demande de Franz Anton Hoffmeister, un éditeur et compositeur viennois. Celui-ci, n’étant pas suffisamment satisfait du travail de Mozart, car trouvant cette œuvre trop difficile pour les amateurs, différa le paiement des droits d’auteur et demanda à Mozart – comme condition sine qua non de toute rémunération possible – de préparer encore deux quatuors pour le même instrumentarium, mais moins exigeants techniquement et dans une veine populaire. Cette exigence rendit Mozart si furieux qu’il abandonna cette coopération. Voulant à tout prix garder sa liberté créatrice, il aurait répondu : « Alors je n’écrirai plus rien, et j’aurai faim ou peut-être que le diable m’emportera ! ». Le Quatuor avec piano K. 493 ne fut terminé que le 3 juin 1786, et Mozart le publia chez la maison d’édition Artaria.

Ces deux compositions sont ici abordées sur des instruments modernes. Pour l’une comme pour l’autre, les interprètes jouent les reprises marquées par Mozart dans leur premier mouvement, ce qui allonge considérablement la durée du disque. Pour le Quatuor avec piano K. 478, l’articulation de est précise, mais moins expressive et moins massive que celle d’Arthur Rubinstein (RCA). Si ce dernier trace un tableau épique, en revanche Collins dévoile une broderie légère et délicate, faisant parfois contraste – grâce à la luminosité du timbre de son instrument – avec la sonorité relativement obscure des cordes. Celles-ci impressionnent par le raffinement et l’harmonie des couleurs, ainsi que par une maîtrise exemplaire du vibrato. Toutefois leur intensité, aussi élevée soit-elle, paraît moins pénétrante que celle proposée par Oleg Kagan, Yuri Bashmet et Natalia Gutman, interprétant le premier quatuor en compagnie de Sviatoslav Richter (Live Classics). Bien que, par instants, le panache manque quelque peu à Collins et ses collègues, nous apprécions la variété des teintes, la modération et la fluidité d’un discours jamais dépourvu de sens ni de musicalité. Leur tempi – assez vagues – sont convenablement équilibrés, ne laissant percevoir ni étouffement des phrasés, ni essoufflement.

Prêtons aussi attention au caractère contemplatif dont s’imprègnent les mouvements médians, combinant poésie et élégance, comme dans le Larghetto du Quatuor avec piano K. 493, illuminé par un legato subtil du pianiste. Encore qu’un soupçon de lourdeur se glisse dans le climax de l’Allegro pour lequel on aurait aimé entendre un peu plus de piquant et d’allant, l’Allegretto final est rayonnant d’une joie atténuée par des ralentissements discrets du tempo.

Un disque Mozart à ne pas rater.

 

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