- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Récital Vinci avec Franco Fagioli

Brillante démonstration de virtuosité vocale avec le plus décomplexé des compositeurs napolitains du premier quart du XVIIIᵉ siècle. reste au sommet de son art, même si la qualité de la musique de Vinci pourra peut-être laisser certains auditeurs sur leur faim.

C’est dans un opéra de Vinci, Artaserse, que la France l’avait découvert à l’Opéra national de Lorraine en novembre 2012. C’est dans un récital entièrement consacré au compositeur napolitain qu’il nous revient aujourd’hui en vainqueur, comme l’indique la formulation facétieuse du titre de l’album : « Veni, vidi, vinci ». Pendant ces presque dix ans de carrière au sommet, s’est en effet affirmé comme l’un des plus grands contreténors de sa génération, sans doute le meilleur en termes de prouesses et d’acrobaties vocales. La beauté du timbre n’est en rien altérée, la technique est toujours aussi prodigieuse, et le plaisir du chant semble intense comme au premier jour. On pourra ça et là sourciller devant une diction parfois pâteuse, ce que souligne aujourd’hui une curieuse tendance à remplacer les sons « s » par des « ch ». Certains trouveront également que Vinci n’est pas le compositeur italien le plus enthousiasmant de la période. Plusieurs airs affichent des formules que l’on a déjà entendues ailleurs, et la facilité mélodique, autant que l’occasionnelle pauvreté harmonique, pourront à la longue lasser les auditeurs plus exigeants.

Mais comment ne pas chavirer devant la fraîcheur d’arie di paragone comme « Sembro quell’usignolo » ou « Quell’usignolo ch’è innamorato » ? Comment ne pas succomber devant le charme décomplexé de certains accompagnements obligés ? Plus simplement, comment ne pas céder à l’enchantement d’un hédonisme vocal exhibé avec tant de spontanéité et de générosité ? On pourra même penser que la mise en musique de « Gelido in ogni vena », que l’on retrouve chez Vinci dans son opéra Siroe re di Persia de 1726, n’a pas grand-chose à envier à celle que l’on doit à Vivaldi pour son opéra Il Farnace de 1727. Il s’agit assurément d’une des grandes beautés de cet enregistrement, auquel les instrumentistes de l’ensemble Il Pomo d’Oro prêtent, sous la baguette de , leur concours toujours aussi précis et ardent.

(Visited 559 times, 1 visits today)