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Fragrance vénitienne de Nuria Rial et de l’ensemble Artemandoline

Directement sortie de diverses bibliothèques, la musique présentée dans ce disque intitulé Venice’s Fragrance semble avoir étonnamment assez peu vieilli. La brillance de l’écriture musicale et la fraîcheur de l’interprétation menée par la soprano et l’ en font un enregistrement séduisant.

Sur la scène musicale actuelle, la mandoline baroque bénéficie de brillants ambassadeurs que les International Classical Music Awards () savent notamment mettre en lumière depuis quelques années : après la nomination du jeune en 2017 pour son premier disque « Valentini. Complete mandolin sonatas », c’est l’ qui fut nommé en 2019 pour son brillant disque « Concerti napoletani per mandolino ».

Ces deux ensembles spécialisés se caractérisent avant toute chose par leur intérêt pour les œuvres musicales tombées dans l’oubli, et par la rigueur d’exécution générée par les recherches et réflexions approfondies de leurs interprètes. Alors que Pizzicar Galante s’intéressa l’année dernière aux sonates pour mandoline de Scarlatti, Artemandoline choisit, quant à lui, de mettre en avant le style vénitien d’, de , de Baldassare Galuppi et de l’incontournable Vivaldi. Le XVIIIe siècle se révélant l’âge d’or de la mandoline, il est dommage que la note d’intention de l’un de ses fondateurs Juan Carlos Muñoz soit aussi terne et redondante par rapport à d’autres écrits sur un répertoire si peu connu.

Ce choix de programmation est original et particulièrement exaltant pour les amoureux des cordes comme pour les lyricomanes convaincus, le soprano de se mêlant parfaitement au jeu exubérant, tout autant que délicat, des mandolines baroques (napolitaines !), que des violons, viole, guitare baroque, théorbe et autre contrebasse, tous bénéficiant d’une prise de son parfaitement équilibrée. Ces arias pour soprano, mandoline, violons et basse continue témoignent de la présence de l’instrument dans les opéras et les oratorios, la mandoline dialoguant avec la voix avec grâce et volupté dès l’air de , Bella armonia vieni, extrait de l’opéra Le feste d’Imeneo (1760). La luminosité du soprano de Nuria Rial exulte dans l’air de Baldassare Galuppi sorti de son oratorio Jahel, la technique vocale de la chanteuse faisant jaillir une élégance de la ligne de chant, des vocalises d’un naturel charmeur, ainsi que des aigus rayonnants.

La flamboyance du jeu instrumental est marquant dans le prélude de la Sonate pour mandoline et violon en mi mineur de Carlo Arrigoni, les musiciens calibrant au mieux poésie (Courante) et exubérance (Presto) pour une musique pleine de contrastes. Le Concerto pour deux mandolines en sol majeur de Vivaldi déploie une écriture brillante qui ne peut que séduire grâce à la clarté d’exécution, une virtuosité sans faille et un engagement interprétatif de ces musiciens qui savent installer une atmosphère intimiste dans l’Andante pour mieux s’affirmer encore dans l’Allegro qui suit.

C’est finalement un disque plein de fougue, de fraîcheur, de maîtrise, et de contrastes que proposent Nuria Rial et Artemandoline. D’après le fondateur de l’ensemble, on compte environ 200 airs avec mandoline entre 1690 et 1799. Vivement la suite pour encore faire briller la Sérénissime de mille feux !

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