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Cent ans de dynastie Couperin par la claveciniste Dorota Cybulska-Amsler

Choisir d’enregistrer Louis, François et Armand-, c’est illustrer un siècle de musique pour clavecin à travers le destin exceptionnel d’une famille de compositeurs célèbres.

Dès le début du XVIIᵉ siècle, les Couperin sont bien implantés comme musiciens à Chaumes-en-Brie. C’est parce qu’il a joué de la viole avec ses deux frères devant Jacques Champion de Chambonnières, claveciniste à la cour, que Louis quitte sa province pour faire carrière à Paris où son talent est remarqué par Louis XIV. Nommé organiste de Saint-Gervais, il meurt à 35 ans en laissant des pièces pour le clavecin et l’orgue d’une très grande qualité. Son neveu François occupe également le poste de Saint-Gervais et fait une brillante carrière de claveciniste à la cour. La postérité le surnommera « le grand » pour le distinguer des autres membres de cette famille riche en musiciens talentueux. Quant à son petit-cousin Armand-Louis, il est également organiste à Saint-Gervais et compositeur prolifique pour le clavecin.

Rarement, les trois représentants les plus connus de la dynastie Couperin se sont trouvés réunis sur un même enregistrement. André Isoir l’avait fait en 2013, pour un disque Radio France de la collection Tempéraments, sur l’orgue de St Michel-en-Thiérache. Aujourd’hui, c’est au clavecin que nous propose cette réunion de famille. Cent ans séparent le plus ancien, Louis, et son petit-neveu, Armand-Louis. S’ouvrant par un prélude non-mesuré, la partie consacrée à Louis nous fait entendre les plus célèbres pièces de ce compositeur, dont le Tombeau de Monsieur Blancrocher, un des plus touchant memento mori qui soit avec celui de Froberger. La partie centrale, dédiée à François, nous entraîne dans l’atmosphère bucolique des pièces du Sixième ordre et se termine par le Tic-toc-choc qui permet d’apprécier l’agilité digitale de l’interprète. Quatre pièces d’Armand-Louis concluent le programme, où l’on passe de la noblesse d’une Allemande au style plus moderne, proche de Duphly, de pièces pittoresques.

L’originalité de cet enregistrement réside dans le choix judicieux de trois clavecins historiques différents, correspondant aux trois époques illustrées. On regrettera toutefois que le livret ne dise rien des instruments choisis. Cela permet aussi d’entendre l’évolution de l’écriture pour clavecin entre 1650 et 1750 : la belle déclamation et le panache chez Louis, le raffinement ciselé dans les portraits musicaux de François, le style galant et la virtuosité chez Armand-Louis. On appréciera le jeu sensible de la claveciniste polonaise, fidèle à la recommandation de qui fait appel, chez l’interprète, à « l’art infini soutenu par le goût ».