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Dorothée Oberlinger, la flûte à bec toujours plus virtuose

Après plusieurs disques autour de Bach, de Telemann, du baroque français et vénitien du XVIIIe siècle, et son «  » explorent à présent le début du XVIIe italien. Leur interprétation est toujours aussi brillante.

Tout réussit à . La direction d’orchestre avec son , ses incursions dans la pop et le rock, la direction du festival Sans-souci à Potsdam, ses productions discographiques cohérentes, et ce n’est pas pour rien qu’elle vient de remporter le prix Telemann, première femme à recevoir cet honneur décerné par la ville de Magdebourg. Mais sa réussite principale, là où sa prééminence reste absolue, est bien dans son activité de flûtiste solo où sa virtuosité est sans égale.

La thématique annoncée de ce CD « Discovery of passion », et détaillée dans un excellent livret de présentation, s’appuie sur l’idée que la naissance du baroque correspond à celle de l’expressivité musicale, dans les différents affects d’amour et de haine, de joie et de tristesse, d’étonnement, de désir, etc. Il n’est pas certain que la flûte, qui domine la programmation (13 pièces sur les 18 choisies), soit un instrument plus expressif que les autres, ou qu’il ait plus que les autres contribué à cet épanouissement de l’expression musicale des sentiments, mais peu importe. Les morceaux choisis permettent effectivement de balayer une belle palette d’émotions, et s’ils permettent aussi de valoriser le talent éblouissant de Dorothee Oberlinger, on n’en est pas autrement fâché. Défilent ainsi la méditation de la Sinfonia « in Eco » de Rossi, la joie simple de la Sonata prima de Castello, l’ambiguïté de la Ciaconna de Merula… Les sentiments amoureux sont exploités, dans leur versant heureux (la Catterina de Merula) ou malheureux (« Io son ferito » de Rognoni). Place est évidemment faite à Monteverdi, avec quelques extraits d’opéra ou de madrigaux.

Les solistes de l’ensemble 1700 sont excellents. L’archiluth de Luca Pianca nous charme dans la pièce de Spadi, et Jeremy Joseph tire de son clavecin des improvisations audacieuses à partir de la Toccata settima de Rossi. On ne sait pas si est un violoniste qui chante ou un contre-ténor qui joue du violon, tant son aisance est grande avec ses deux instruments. Star de l’album, Dorothee Oberlinger change de flûte comme de compositeur (six objets dûment présentés dans l’instrumentarium), ce qui contribue aussi à la variété recherchée des expressions. Les sons qu’elle produit sont toujours riches, pulpeux, habités d’une énergie communicative. Les ornementations d’une agilité fulgurante s’insèrent comme des éclats de lumière dans des lignes mélodiques pleinement épanouies. Sa maîtrise de la flûte à bec, dans tous ses avatars baroques, tient réellement du prodige. Irons-nous jusqu’à nous plaindre qu’elle insuffle plus de joie que de passion dans cette « découverte de la passion » ? Certes, non !