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Plamena Nikitassova, un voyage avec Johann Paul von Westhoff

La violoniste nous emmène à Dresde au XVIIᵉ siècle avec un objectif intriguant : côtoyer, le temps d’un brillant récital, l’excellence du violon et du baroque saxon en la personne du virtuose .

De la vie de Westhoff on sait peu de choses. Johann Paul est né à Dresde en 1656. Son père, Friedrich, était lui-même un luthier et musicien accompli. Il rejoint très jeune la Hofkappelle (Chapelle de la Cour de Dresde, haut lieu du violon saxon qui bénéficia de l’héritage de pionniers italiens tel que Farina), avant de gagner la Cour de Weimar.

Peu d’œuvres de sa main, hélas, nous sont parvenues. On connaît, à ce jour, six sonates pour violon seul et basse continue, publiées en 1694 et cet ensemble de six suites pour violon seul, publiées en 1696 (qui auraient influencé Johann Sebastian Bach dans la composition de ses suites pour violoncelle) « conservées sous forme d’original fragmentaire » d’après le livret de Peter Wollny. D’autres sources parlent d’une copie. La fin de la sixième suite n’y figure pas.

Avec ce disque exigeant,  nous propose cinq des Sechs Suiten für Violino solo (chacune composée de quatre danses : allemande – courante – sarabande – gigue) et une Suite pour le violon sans basse continue en la majeur. Cette dernière est bien antérieure puisque publiée en 1683 dans le fameux Mercure galant lors de la visite du musicien à Paris. Johannes Paul l’aurait interprétée devant un Louis XIV conquis. Ces archives seraient les plus anciennes éditions de pièces pour violon seul connues à ce jour. Plamena Nikitassova joue sur un violon de 1730, créé par le luthier bavarois Sebastian Klotz.

Voilà donc l’auditeur seul, si l’on peut dire, avec la violoniste. Vocal, expressif, le son surgit d’un court silence et y retourne après chacune des courtes pièces. En progressant, ce silence est teinté, pièce après pièce, d’une couleur différente.

L’écriture est savante, virtuose et innovante pour cette fin de XVIIe. Ainsi les doubles cordes dont Plamena tire des nuances infinies, technique plus avancée historiquement, qui permet accords et polyphonies fines et riches. Les thèmes surgissent, les lignes mélodiques dialoguent, mises en évidence par un phrasé intelligent. Plamena Nikitassova sert à merveille l’écriture de Westhoff qui explore et démontre les capacités harmoniques de l’instrument. L’articulation est ciselée.

Comme nous l’explique Peter Wollny dans le livret, Plamena Nikitassova a souhaité renouer avec une technique historique très particulière qui peut laisser sceptique mais avec laquelle elle obtient une belle dynamique.

La tenue du violon et de l’archet est décrite dans deux traités : l’Idea boni Cantoris de Georg Falck et le Compendium Musicae Instrumentalis Chelicae de Daniel Merck. Selon les indications qu’ils comportent, le violon est porté relativement bas (le violon baroque se joue sans épaulière) et du côté gauche de la poitrine tout en éloignant tout le bras gauche du corps. Pour ce qui est de la main droite, la musicienne opte pour un archet court, joué selon une technique ancienne qui consiste à retenir la mèche en posant le pouce par dessus, et non dessous, sur la baguette (la technique est visible sur la peinture de Simone Cantarini qui illustre la pochette). Technique plus délicate, se rapprochant de la tenue d’archet des gambistes, afin d’utiliser le doigt pour contrôler la tension ; cela permet peut-être plus de flexibilité, contribuant probablement au caractère affirmé du disque.

Une légère réverbération rappelle les conditions d’enregistrement à la Martinskirche de Mullheim, nous invitant à la concentration pour ce tête à tête avec l’instrument.