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Le chant du violoncelle de Martin Rummel

présente un panorama de courtes pièces, charmantes et poétiques, pour violoncelle et piano.

Né en 1974, a joué ses premières gammes sur piano et clavecin, puis a commencé le violoncelle dès l’âge de huit ans. Depuis 1990 environ, il se produit sur la scène internationale en tant que soliste et chambriste, assurant nombre de créations d’œuvres comme le Concerto drammatico de Graham Whettam (2000) ou Ich, Hiob de Thomas Daniel Schlee (2007), un opéra sacré où il a donné des soli. Il a étudié les pages d’Howard Blake, Alfred Schnittke et Sofia Gubaidulina avec les compositeurs eux-mêmes. Rummel a enregistré pour les labels Naxos, Capriccio, Musicaphon, Redcliffe et Paladino music. Il est propriétaire et directeur de ce dernier label et, depuis 2012, du groupe Paladino media, réunissant aussi Orlando Records, KAIROS et Austrian Gramophone.

Ce disque combine dix-huit morceaux pour violoncelle et piano dont plus de la moitié sont des arrangements. Martin Rummel lui-même en revendique quelques-uns, comme la Syncopation et la Marche miniature viennoise de . Toutes ces pages, aussi variées soient-elles, pourraient être jouées comme des bis. Si certaines se distinguent par leur côté virtuose, comme Figaro, transcription de concert de sur des motifs du Barbier de Séville de Gioachino Rossini, d’autres séduisent par la finesse de leur ligne mélodique, comme l’Ave Maria de Franz Schubert dans la transcription de . Cet album comporte des œuvres oubliées, comme À la fontaine de Karl Davidov, enregistrée jadis par , ou inconnues, notamment la Bagatelle de Balduin Sulzer.

Le jeu de Martin Rummel impressionne par sa sonorité profonde et riche en couleurs, oscillant entre luminosité des aigus et profondeur des graves, charnus et charpentés. Le violoncelliste n’abuse pas du vibrato et attache de l’importance aux phrasés, toujours naturels, renvoyant au chant humain dans les cantilènes, comme dans Après un rêve de Gabriel Fauré arrangé par Pablo Casals. On est subjugué par le raffinement des contours autant que par l’expressivité qui alterne entre mélancolie et intimité. Parmi les moments les plus touchants : la Guitare de Moritz Moszkowski, le Cantabile de , le Salut d’amour d’Edward Elgar et la Sicilienne de , compositions dans lesquelles Rummel associe douceur et simplicité.

S’il est totalement convaincant dans les pièces les plus poétiques, il s’avère un peu moins suggestif dans les compositions nécessitant du brio. C’est ainsi que dans Figaro, transcription de concert, il pourrait être davantage flamboyant et sophistiqué, bien qu’il séduise par la délicatesse et la chaleur de son timbre. Dans À la fontaine de Davidov, son archet manque de la légèreté aérienne et évocatrice d’un Feuermann.

Pour l’accompagnement, Martin Rummel se produit aux côtés de deux pianistes : Gerda Guttenberg et . Si le jeu de la première frappe, par instants, par la dureté du toucher (serait-ce la conséquence de la prise de son trop sèche ?), comme dans la Bagatelle de Sulzer, la démonstration du deuxième est éloquente et parfaitement articulée.

L’habit ne fait pas le moine, malgré sa pochette kitsch, cet album mérite assurément d’être écouté pour la beauté de ces musiques.