- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Grande Messe de Noël avec Vivaldi et Les Arts Florissants

Vivaldi aurait-il écrit une messe ? Première nouvelle. Dans un programme habilement, mais peut-être artificiellement conçu, et nous font réentendre la musique religieuse du Prêtre Roux.


Le concert Vivaldi donné il y a quelques jours au Châtelet s’était donné pour mission de reconstituer les manifestations données au XVIIIᵉ siècle dans des institutions comme l’Ospedale della Pietà. Celui de ce soir fait le pari presque plus audacieux de retrouver le climat et le contexte d’un concert de musique religieuse tel qu’il aurait pu être donné à Venise du temps de Vivaldi. Le défi de et des Arts Florissants est donc d’entourer une pièce de musique comme le célèbre Gloria en ré majeur de diverses autres pièces chorales, en tenant compte des pratiques liturgiques vénitiennes de l’époque, dans le but de faire entendre, pour la première fois nous dit-on, la musique de Vivaldi dans le contexte pour lequel elle a été créée. Les pièces avec orchestre sont ainsi séparées par des interventions chorales en plain-chant, toutes apparemment de la main de Vivaldi. On aurait aimé en savoir un peu plus sur les Sanctus et Benedictus du programme, dont on comprend qu’ils sont des rhabillages d’autres morceaux vivaldiens bien connus. Par qui ? Pourquoi ? En milieu de concert, un concerto pour violon de Corelli, brillamment interprété par Tami Troman, introduit une note de diversité dans un programme d’une belle homogénéité. Pas sûr que cela respire l’authenticité, même si le concerto choisi semble lié de par son titre à la thématique de Noël. Le concert s’achève sur une pièce chorale du Français , élaborée à partir d’un thème des Quatre Saisons. Difficile d’imaginer qu’un tel morceau ait pu être donné à Venise au courant du XVIIIᵉ siècle.

Si le but du concert est de recréer le climat d’une messe, messe de Noël qui plus est, on ne dira pas assez à quel point l’absence de public est une souffrance. La beauté de la salle de concert de la Cité de la Musique, ainsi que la superbe réalisation filmique d’Anaïs Spiro, n’en sont que plus douloureuses. Mais ne boudons pas notre plaisir. Par les temps qui courent, les artistes et les institutions culturelles font ce qu’ils peuvent. Rien à redire en tout cas sur la qualité de l’interprétation. Le son de la masse chorale est clair et soutenu, les articulations sont précises, les phrasés sont amples et déliés. On se réjouit de voir tant de femmes à l’orchestre pour des instruments (trompette, basson, contrebasse…) plus souvent confiés à des musiciens masculins. Les solistes sont également à leur affaire, sans pour autant briller particulièrement dans un jeu où le collectif prime sur l’individualité, conformément à l’esprit de ce programme. Un concert qui fera prochainement l’objet d’une parution discographique chez Harmonia Mundi, et dont cette soirée aura été un bel avant-goût.

Crédit photographique : © / Philharmonie de Paris

(Visited 423 times, 1 visits today)