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Affetti musicali ou la musique vénitienne du Seicento par l’Ensemble Colorito

L’ nous emmène en voyage au Seicento italien et aux premières décennies du siècle d’après, offrant une belle perspective sur le développement de la musique baroque.

Le programme de ce disque s’articule autour des œuvres instrumentales de compositeurs italiens actifs entre le début du XVIIe siècle (Bellerofonte Castaldi) et la première moitié du siècle suivant (), couvrant quasiment toutes les étapes du baroque. Ce fut une période particulièrement innovante pour les sciences, comprenant l’invention du télescope et de la pendule. La musique, elle aussi, ne manqua pas de subir des transformations considérables. L’une des plus importantes était liée à un genre complètement nouveau : l’opéra baroque qui s’est développé à partir de 1600, privilégiant les affects comme moteur central de création. Les états émotionnels des protagonistes y évoluent en fonction de l’intrigue afin de pouvoir s’exprimer par la musique. C’est dans la Venise du Seicento que cet art atteint ses sommets avant d’être porté vers des genres purement instrumentaux.

L’ a été fondé par des étudiants du Conservatoire Hoch à Francfort-sur-le-Main. Les instrumentistes sont aujourd’hui membres de l’Orchestre de l’Opéra et du Musée de Francfort et professeurs à l’Académie de musique de Darmstadt. Les interprétations proposées sur ce disque envoûtent tant par la précision technique que par leur dynamisme. D’une part, le jeu est parfaitement ciselé en termes d’homogénéité des couleurs (riches et variées) et du rythme. D’autre part, il subjugue par son côté à la fois naturel et authentique, n’excluant ni la spontanéité, ni la fluidité dans la gestion des tempi. Ce dernier élément permet aux chambristes de mettre l’accent sur les affects musicaux, révélant le caractère dramatique de ces prestations. Celles-ci vibrent d’intensité et de virtuosité, souvent de façon théâtrale. Dans les passages empreints de brio, l’art des diminutions est maîtrisé au point de nous donner la chair de poule, notamment dans l’Aria sopra la Bergamasca de . Ces moments audacieux s’entremêlent avec des plages poétiques et méditatives, comme la Sonata a 3 secondo tuono de , une œuvre sombre et profondément intime.

Ne laissant rien au hasard, l’Ensemble Colorito enrichit le programme de cet album par des partitions écrites au XVIIIe siècle, comme le Concerto pour violoncelle en ut mineur RV 401. Le contraste entre cette composition et les pages façonnées quelques décennies plus tôt est nettement perceptible. Très vite, on remarque que la musique du « Prêtre roux » est d’une autre époque. Contre toute attente, elle est moins fougueuse et pas si rythmée, jalonnée par des phrasés qui respirent davantage, beaucoup plus larges qu’auparavant. Nous sommes plus proche du classicisme !

Voici une parution qui devrait intéresser les amateurs de baroque instrumental, réservant de belles surprises, mais surtout impressionnant par la qualité des interprétations et par la prise du son.

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