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La « Résurrection » de Mahler par Gustavo Dudamel et les Münchner Philharmoniker

Dans le magnifique Palais de la musique catalane à l’acoustique exceptionnelle, livre, à la tête de l’, une interprétation théâtrale, empreinte de liberté, mais sans ferveur, de la Symphonie n° 2 de .

Deuxième épisode du corpus symphonique mahlérien, inspiré du « Wunderhorn », la Symphonie n° 2 s’inscrit dans la continuité puisque c’est le héros de la première qu’on enterre pour mieux le voir renaître. Véritable mort initiatique ouvrant à un nouveau monde, elle porte les stigmates du deuil dont témoigne la « Totenfeier » initiale, évoque de fugaces moments de bonheur dans le second mouvement, se charge d’une ambiguïté ironique dans le tourbillon grotesque du Scherzo, avant qu’une voix touchante, le chœur et un grand appel de cuivres n’annoncent la résurrection finale. La deuxième symphonie est probablement dans sa quête de transcendance, celle, avec la huitième, qui porte la spiritualité mahlérienne à son niveau le plus élevé.

Grandiose et solennelle la Marche funèbre est conduite par Dudamel sans dramatisme (Dudamel a la mort joyeuse !) selon un phrasé très théâtral, engagé, à l’agogique fluctuante, où les nuances sont accentuées, les contrastes avivés tout comme l’affrontement des masses orchestrales qui en soulignent l’interprétation quasi expressionniste. Le chef ne néglige aucun détail de l’orchestration, sans sacrifier la ligne directrice du discours. La texture orchestrale reste claire, valorisant toutes les performances solistiques individuelles, tous les timbres (cor anglais, harpe, violon) et tous les nombreux contrechants.

Le second mouvement, Andante moderato, surprend par ses effets, sa légèreté presque galante dans une invitation à la danse. Dudamel prend un plaisir évident à y laisser respirer l’orchestre en toute liberté, nous laissant admirer le legato des cordes avant que le phrasé ne se creuse pour devenir douloureux jusqu’à la rupture marquée par les pizzicati et quelques notes égrenées de la harpe.

Le Scherzo suivant, très narratif, nous conte avec moult détails ironiques le « prêche de Saint Antoine aux poissons », extrait du Wunderhorn. Synthèse de grotesque et de sentimental, ponctuée de sursauts inquiétants, on y admire la fluidité et le lyrisme des cordes, le vrombissement des contrebasses, la réactivité et la rondeur des bois, les contrechants de cor. La dynamique est tendue et le crescendo parfaitement négocié (cuivres, percussions) ouvrant, dans une transition sidérante, sur le chant de la contralto annonçant Urlicht, lied également extrait du Wunderhorn : « Lumière originelle » à laquelle Tamara Mumford donne toutefois des accents bien terrestres manquant un peu d’élévation par son timbre mat, charnu et un vibrato difficilement contenu, qui s’accordent mal avec les désirs du compositeur qui souhaitait « une voix d’enfant chantant comme au paradis ».

Pendant du premier mouvement, le Finale est abordé dans une optique très immanente, dans un climat quasi festif qui manque singulièrement de ferveur. Certes, les prouesses individuelles sont au rendez-vous (percussions, cordes graves, cor anglais, cuivres) témoignant de l’excellence de la phalange bavaroise dans un crescendo parfaitement amené : lenteur de progression, sentiment d’attente, tension entretenue jusqu’à l’ouverture du ciel et l’entrée retardée du Chœur… mais trop de théâtralité et pas assez de spiritualité dans ce discours, malgré la beauté du chœur catalan et l’intervention de bien chantante, unis dans un éclatant « Aufersthehen ».

Que de chemin parcouru depuis le premier enregistrement mahlérien du chef en 2007 ! Si n’est pas encore totalement admis dans le club très fermé des grands mahlériens, il nous offre avec ce Blu-Ray un beau témoignage (juste dans la note, plus discutable dans l’esprit) plus qu’une véritable référence.

Une remarquable prise de son et une caméra très affûtée participent de la réussite formelle de cet enregistrement.

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