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Une nouvelle histoire de la danse en Occident : synthétique et indispensable

Plus de quarante ans après l’Histoire de la danse en occident de Paul Bourcier, les Éditions du Seuil éditent un programme très ambitieux d’actualisation de la recherche en histoire de la danse. Apportant de nouveaux éclairages sur des thématiques variées, cet ouvrage se révèle passionnant, riche d’informations et très agréable à lire.

Vingt-sept collaborateurs internationaux dont les domaines de recherche couvrent toute l’humanité occidentale (de la Préhistoire au début du XXᵉ siècle) ont été réunis sous la direction de Laura Cappelle pour aborder les aspects les plus contrastés des visages de la danse. Si, dans certaines périodes historiques, les avancées semblent moins spectaculaires, elles n’en sont pas moins pertinentes, se consacrant aux racines de l’expression de cet art (la part de la danse dans la politique de la Grèce antique, ou les implications religieuses du Moyen-Âge). C’est nécessairement sur les périodes plus récentes, de la Renaissance au XIXᵉ siècle, que les synthèses sont les plus éclatantes. L’articulation habituellement peu étudiée entre les périodes monarchique et révolutionnaire qui aboutirent finalement à la création du ballet romantique est par exemple abordée, et c’est avec un certain bonheur que les poncifs du ballet classique, tels que la prééminence de Marius Petipa dans la représentation de la danse, sont balayés par un nouveau regard sur ce qu’est « faire du classique » au XXIᵉ siècle.

Les héritages néoclassiques, déclinés entre Balanchine, les créations soviétiques et la naissance de nouvelles identités anglaises et américaines, sont étudiés en contrepoint des mouvements de rupture, tels que les Ballets Russes ou l’expressionnisme allemand (si peu connu). Cependant, c’est surtout la mise en lumière du partage entre danse comme art théâtral et comme moyen de socialisation qui passionne, et offre une mise en perspective inhabituelle. La place des femmes dans l’histoire de la danse est également soulignée avec pertinence.

Enfin, pour ne pas avoir à considérer que le sens de l’histoire va dans une seule direction, le dialogue entre danse classique et danse contemporaine est à rediscuter, dans la mesure où le contemporain d’aujourd’hui aura nécessairement un positionnement différent demain et que la vitalité du classique repose sur ses interprétations contemporaines. Le rôle des médias permettant la diffusion des représentations dansées (d’autant plus qu’il est en pleine expansion dans le cadre du contexte sanitaire) est mis en résonance avec la multiplication des supports visuels autres que la scène, ce qui permet l’avènement de nouvelles expressions d’un art qui n’est plus uniquement théâtral.

La sélection des thèmes abordés aura laissé de côté des techniques de danse telles que les danses de compétition ou l’étude de l’art chorégraphique dans des secteurs géographiques non occidentaux, ce qui laisse présager de l’intérêt à poursuivre dans la même rigueur une recherche éditoriale aussi poussée que cette Nouvelle histoire de la danse.

Les illustrations et les dossiers couleurs sont savamment dosés et offrent un pendant fort représentatif et raisonné des propos abordés, quand bien même on aimerait avoir encore plus de représentations picturales dans un livre sur cet art si visuel qu’est la danse.

Cet ouvrage ambitieux, facile à lire et cohérent dans sa structure, devrait figurer comme une histoire de la danse renouvelée dans ses approches, tant dans les bibliothèques des universitaires les plus exigeants que dans celles des curieux éclairés et balletomanes chevronnés.

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