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La Bayadère de Nacho Duato par le Mikhailovsky : une féérie romantique

Directeur artistique du théâtre Mikhailovsky de Saint-Pétersbourg, le chorégraphe espagnol réadapte les ballets classiques. Après La Belle au bois dormant, il monte La Bayadère, et signe une chorégraphie à la fois personnelle et respectueuse de l’œuvre de .

« Innover tout en respectant la tradition », voilà le credo de lorsqu’il adapte les grands classiques du répertoire pour la troupe du Mikhailovsky. Pas facile pour un étranger de formation contemporaine de prendre la tête de l’une des principales troupes de ballet russe, dans un pays qui voue une adoration au répertoire de Petipa. Il relève le défi avec brio, insufflant une énergie et un rythme plus actuels tout en conservant l’esprit et l’essence de la chorégraphie d’origine (telle qu’elle nous est parvenue en tout cas) sur la partition de Minkus inchangée.

Le livret est respecté et nous voilà transportés dans l’Inde des maharadjahs où se noue le destin de Nikiya, la bayadère, c’est-à-dire une danseuse sacrée. Amoureuse du Prince Solor, qui lui a juré fidélité, elle découvre que celui-ci est promis à la fille du Rajah, Gamzatti. Quand Gamzatti apprend par le Grand Brahmane, lui-même amoureux de la belle bayadère, la liaison entre Solor et Nikiya, elle jure sa perte. C’est lors des fiançailles de Solor et Gamzatti que Nikiya mourra mordue par un serpent placé dans un panier de fleurs donné à la jeune femme. Les deux amant se retrouvent en rêve dans le troisième acte, l’Acte des Ombres ou acte blanc, l’un des chefs-d’œuvre de Petipa.

Duato s’appuie sur des danseurs de grande qualité pour cette création. est un Solor à la fois élégant et puissant, charismatique et technique. Grâce à un rebond magnifique, ses grands jetés semblent suspendus en l’air. Il forme un couple harmonieux avec , ancienne danseuse du Bolshoï aux lignes d’une grâce parfaite, mais dont l’interprétation manque de profondeur. interprète une Gamzatti à la technique solide mais à qui un peu de tempérament fait défaut.

La célèbre variation de l’Idole dorée, morceau de bravoure aussi court que brillant, aux sauts spectaculaires, est dépourvue ici d’explosivité.

Le corps de ballet effectue une belle prestation, vivante et pleine de grâce dans les deux premiers actes, précise dans le dernier. Redoutable de difficulté, la célèbre descente des Ombres qui exige un placement parfait, est très honorablement exécutée.

Après un premier acte de toute beauté, on regrettera le côté kitsch des décors et costumes des deuxième et troisième actes, qui contrastent avec la version de Noureev dansée récemment par l’Opéra de Paris. Pour la cérémonie des fiançailles du deuxième acte, l’association du rose pâle et du bleu vif des costumes aux dorures hyperboliques du Palais, confèrent un côté clinquant à la scène. Dans le dernier acte, le ciel étoilé et la profusion de voiles bleutés sur les bras et épaules des Ombres sont un peu mièvres.

Parmi les innovations de Duato, on mentionnera l’accentuation de l’inspiration indienne dans les variations du premier acte, avec les poignets cassés vers l’avant et les mouvements de tête de gauche à droite. La scène au palais du rajah est belle et originale avec les costumes typiquement indiens des hommes (pantalons recouverts d’une grande jupe) qui tournent sur eux-même, à la manière des derviches.

Nacho Duato signe une Bayadère de qualité, légèrement en-deçà mais pouvant souffrir la comparaison avec les versions phares de Grigorovitch pour le Bolchoï, Noureev pour l’Opéra de Paris et Makarova pour le Royal Ballet.

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