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Le Ballet du Capitole se glisse Dans les pas de Noureev

Pour la reprise du programme « Dans les pas de Noureev », initialement programmé du 19 au 31 décembre, le Ballet du Capitole a opté pour une captation et une diffusion sur sa page Facebook et sa chaîne YouTube. Mais avec des applaudissements enregistrés lors du précédent spectacle, et cela change tout ! 

Kader Belarbi a choisi de commencer la soirée avec le grand pas classique hongrois du troisième acte de Raymonda, premier ballet de Petipa que Rudolf Noureev remonta en Europe. Les deux rôles principaux de ce ballet sont interprétés par les étoiles Natalia de Froberville et Davit Galstyan. Leur interprétation est fière, voire féroce pour la danseuse, qui défend équilibres et appuis avec assurance et virtuosité. Sa variation dite de « la claque » sied particulièrement à son caractère affirmé. Devant un rideau drapé et deux lustres, faisant office de palais, le couple principal reçoit un beau soutien de la part des seize danseurs et danseuses qui les entourent, avec un parfait respect des symétries et du rythme inspiré des danses hongroises.

Seule la magie des lumières et une lune brillant au loin permet ensuite de transporter le spectateur dans la Renaissance italienne au pied du balcon de Juliette, dans l’acte I de Roméo et Juliette, sur la musique de Prokofiev. Là encore, la danseuse Alexandra Surodeeva est plus impressionnante que son partenaire Roustan Savdenov. Fine et légère, elle vole littéralement sur ses épaules et dans ses bras. La chorégraphie, pleine d’allégresse, d’espoir et d’abandon, est intense et d’un très grand lyrisme. Les deux danseurs nous offrent un très joli moment !

Pas de temps mort pour assister au mariage de la princesse Aurore et du prince Désiré dans La Belle au bois dormant, tous deux surgissant des coulisses en costumes d’inspiration Louis XV. Seul un cyclo de lumière dorée permet d’évoquer le lustre et le faste d’une cour d’où sont absents familiers, courtisans et suivants. La chorégraphie, quintessence du style noble de la danse classique, se suffit à elle seule, magnifiant par ses tours, ses portés et ses équilibres royaux, la musique de Tchaïkovski. Très solide, Philippe Solano en prince Désiré enchaîne sans coup férir manèges de sauts et tours de sa variation. La princesse Aurore, alias Tiphaine Prévost, met de l’application et un peu de brio à sa variation, bien connue des concurrentes des concours de promotion interne du Ballet de l’Opéra de Paris.

Plus de légèreté dans le pas de deux de l’acte II de Cendrillon, dit « du tabouret », extrait de la production signée par Rudolf Noureev en 1986 pour le Ballet de l’Opéra de Paris. Ce court duo, fluide et musical, aux portés audacieux, est incarné par un couple très frais, formé de Solène Monnereau et Timofiy Bykovets.

Retour à la tradition avec le fantastique pas de deux du cygne noir dans l’acte III du Lac des Cygnes. Il s’agit d’ailleurs plutôt d’un pas de trois, dans lequel Rothbart, alias Simon Catonnet, tient un rôle majeur. Sa variation forme le pivot de ce moment clé du ballet, où le Prince est troublé, puis charmé par Odile, âme damnée d’Odette. Natalia de Froberville est vénéneuse et resplendissante à souhait en Odette-Odile. Vive, rapide, elle étincelle comme un diamant noir. Son partenaire, Rouslan Savdenov, est un contrepoint solide.
C’est avec ce pas de deux que s’achève cette soirée, qui devait normalement être complétée du troisième acte de La Bayadère, présent lors de la reprise de ce programme en 2018, mais dont les conditions de répétition, en groupes restreints de danseurs, auront eu raison.

Cette captation donne l’occasion d’admirer la maîtrise et la diversité stylistique du style Noureev, de celui fluide, sophistiqué et élégant de Roméo et Juliette et de Cendrillon à la complexité technique des pas de deux de Raymonda, de Cendrillon ou du Lac des Cygnes.

Crédits photographiques : © David Herrero

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