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La musique de chambre de Thomas Wally

Jusqu’à l’aurore, premier disque monographique consacré au compositeur autrichien , synthétise dix années de musique de chambre pour cordes et piano, depuis le violon solo jusqu’au quintette avec piano. On y découvre un travail sur l’infime détail, une recherche continuelle de la perfection et de l’instant sublime.

Dans le livret de ce CD, décrit deux attitudes compositionnelles complémentaires à la source des œuvres rassemblées : une écriture libre, spontanée, inspirée selon ses propos par l’esprit electro-pop qui fut celui de ses années d’étude, mis à l’œuvre sur les deux Caprices pour trio à cordes et pour quatuor avec piano (2009 et 2012) ; au contraire, la précision horlogère de grammaires mathématiques au service de jeux très élaborés sur les intervalles et de structures complexes, illustrée par le quatuor avec piano Les îles des nombres III (2 × 12 × 12 × 4) (2019), et par le Postcriptum (2x11x12) : The Melancholy of Perfection(ism) (2016). Le plus remarquable est le maintien d’une unité esthétique au fil des pièces, malgré ce grand écart dans leur conception, due à la densité et la complexité rythmique, au souci de l’architecture globale, à la diversité colorée des séquences, la sensibilité microtonale et la virtuosité. En vérité, les morceaux électroniques de dance que se remémore Wally, composés sur un Korg X3 dans sa jeunesse, semblent bien éloignés du style général de l’album, à l’expressivité plutôt sévère.

Chaque morceau est encadré par une des miniatures des transfigurations I à IV pour quintette avec piano (2008), dans lesquelles le compositeur exerce ses talents de violoniste en se joignant au . Au centre trône Soliloquy II (2017) pour violon seul, sommet émotionnel de l’enregistrement, auquel sa dédicataire Ivana Prisašová, donne toute sa force et son éloquence sensible. Son sous-titre « You made your excuses and left » évoque à la fois les différentes phases d’un deuil, qu’illustre le parcours sonore de la soliste, et la référence à un titre des Pet Shop Boys, revendiquée par le compositeur, impossible à relier à l’audition, il est vrai. Par ailleurs, une des pièces les plus « mathématiques », Postscriptum (2016) pour piano seul, qui clôt le disque, le fait sur des harmonies irisées d’une grande subtilité, qui ne semblent étrangement pas vraiment s’inscrire dans un monde d’abstraction. Les voies de l’inspiration sont souvent impénétrables.

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