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Neuf lectures contemporaines de Beethoven par Félicien Brut

L’accordéon a progressivement conquis ses lettres de noblesse dans la musique contemporaine, le jazz d’avant-garde et la musique expérimentale, mais également dans le répertoire classique, s’emparant par exemple depuis longtemps des polyphonies de Jean-Sébastien Bach, avec succès.

Le programme de ce CD, inspiré par une demande de René Martin, pour l’édition 2020 de la Folle Journée de Nantes, se fonde sur un hommage à Beethoven, à l’occasion de son 250e anniversaire, au travers des propositions de neuf compositeurs d’aujourd’hui. En voyant le titre du disque, nous avons immédiatement pensé au massif des neuf symphonies de Beethoven. Si certaines d’entre elles sont bien citées, les références sont tout autres : neuf compositeurs et leurs pièces respectives ; les neuf lettres qu’on trouve dans « Beethoven » et dans « accordéon » ; « neuf » comme nouveauté aussi, avec l’arrivée récente de cet instrument dans le répertoire classique et contemporain, et un projet résolument tourné vers la création. C’est un disque clairement amoureux de la musique de l’illustre compositeur, généreux, et curieux de mélanges audacieux, portés par les très belles fusions sonores entre l’accordéon de et le , augmenté par la contrebasse d’.

Parmi les neuf œuvres, outre les projets de , , et Cyrille Lehn, nous attirons l’attention sur la relecture joyeuse et érudite de , offrant dans son Odieuse Fugue qui ouvre l’album une polyphonie dynamique, mêlant le thème de l’Ode à la joie avec la Symphonie n° 1 de Brahms, la Symphonie n° 9 de Schubert et les quatre notes sur le nom de B.A.C.H. Il y a également la puissante et pathétique réappropriation du mouvement lent de la Symphonie n° 7 par , dans In Memoriam, pleine de drame, de souffrance, de dissonances expressives et de respirations douloureuses. Domi Emorine ose le fantasme musical anachronique d’un Beethoven rencontrant l’accordéoniste Jo Privat au cœur des années trente parisiennes: la Sonate n° 17 tourbillonne joyeusement au sein d’une java endiablée dans Tempête au Balajo, où l’accordéon de renoue avec le répertoire musette de ses débuts. Et puis figure aussi la très belle interprétation sonore, crépusculaire, de la Sonate au Clair de Lune par , imaginant un Beethoven plongeant dans les affres de la surdité, saisissante et poétique narration musicale. clôt le programme avec Après l’orage, rendant hommage à l’une des toutes dernières œuvres de Beethoven, la fascinante Sonate opus 111, dont il sublime le thème de l’Arietta avec une vision chambriste très romantique. La voluptueuse harmonie sonore de sextuor est servie par une très belle prise de son, assurée par Florent Ollivier.

Chaque proposition amène son lot de surprises, qui nourrit une écoute exploratoire, un parcours agréable d’un bout à l’autre du disque.

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