- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Dans le bleu du ciel avec Edouard Taufenbach et Régis Campo

Le bleu du ciel est un livre-disque conçu en binôme par le compositeur et l’artiste plasticien Edouard Taufenbach. Il sont deux lauréats de la quatrième édition (2020-2021) du Prix Swiss life à quatre mains, qui rassemble photographie et musique au cœur d’un projet commun.

Très bel objet présenté dans sa jaquette de carton bleu, le livre se déploie en accordéon (un « Leporello »), dévoilant sur une face les images autour du vol de l’hirondelle d’Edouard Taufenbach, sur l’autre ses dessins avec volutes et petites flèches qui contrepointent la notation musicale des partitions de , l’envahissent et fusionnent parfois avec elle. Le vol de l’hirondelle s’origine dans les souvenirs d’enfance du photographe et s’attache aux notions de rythme, de mouvement et de variation, autant de dimensions rejoignant l’univers musical. Essentiellement mouvant, le flux des images s’accompagne d’une progression des couleurs du ciel, de l’aube à midi dans les airs pourrait-on dire, pour paraphraser le maître du mouvement qu’était Debussy.

C’est autour de ce motif poétique, symbole de liberté, d’espace et de circulation, que Régis Campo a écrit les cinq chansons (paroles et musique) du CD joint : musique planante et très réverbérée où la couleur des instruments acoustiques (violon, piano jouet) et des voix s’inscrit sur les longues trames amplifiées des instruments électriques (claviers, guitare basse) et des synthétiseurs. Become a bird rejoint clairement la thématique de l’envol quand Rondini addio al maestro (in memoriam Ennio Moricone) lie de manière fluide et généreusement réverbérée les voix de la mezzo-soprano et du contre-ténor : figures rythmiques et répétées sur un fond mouvant entretenu par les claviers électriques. Les sifflements – ceux de Régis Campo – s’entendent comme un hommage au maestro italien et ses musiques de film cultes. Dédié à Émilie Payet, Fly away évoque la manière pulsée et répétitive d’un Philip Glass au sein d’une orchestration musclée et d’un flux à évolution lente. En islandais, Àst veut dire amour et Kyngja, hirondelle, note Régis Campo sur sa partition. L’ambiance est électro-pop pour cet hommage à Björk chanté par . Répétitions et pulsations toujours, constellations sonores et foisonnement coloré dans The Light (adressé à la plasticienne transmédia ORLAN) confirment l’affinité qui ressort entre la musique de Campo et celle des minimalistes américains. « Ces voix sont aussi un peu ces oiseaux qui sont dans le ciel et qui sont comme suspendus dans l’air », avance-t-il, conviant l’auditeur à un voyage immersif dans le temps et l’espace.

(Visited 198 times, 1 visits today)