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Avec Hans Christoph Begemann dans les lieder, la sobriété sied à Beethoven

En même temps que Shulhoff, Berio et Rihm, le label bastille musique propose au mélomane les lieder de Beethoven. Un projet éditorial audacieux et plutôt contemporain, avec un packaging un peu farfelu pour une remarquable qualité interprétative.

Le programme est un florilège de Lieder plutôt centré sur les compositions de jeunesse, avec des partitions écrites sur des poèmes de Goethe, Gellert, Matthison, Sauter et le cycle An die ferne Geliebte. Le Erlkönig de Beethoven, rare parce qu’inachevé, est plus qu’intéressant. Les différents protagonistes de la mini-tragédie fantastique sont bien individualisés, la tension monte progressivement, mais la mort de l’enfant est trop ralentie, ce qui freine maladroitement le galop du cheval et donne le sentiment d’un montage. De fait, les artistes l’ont retravaillé d’après des esquisses de 1796, et on ne peut pas savoir quel eut été le choix final de Ludwig s’il avait repris ses brouillons. Le parallèle avec Fidelio s’impose, lui qui a coûté au génie musical tant d’efforts, d’hésitations et de choix difficiles. En tout cas, comparer ce Erlkönig à celui de Franz Schubert et de Carl Loewe sera pour chacun un exercice passionnant.

a une voix chaleureuse de baryton léger, belle, souple et modelable. Il peut jouer des nuances et des couleurs à sa guise, et il le fait avec modération. Son Erlkönig démontre sa capacité à timbrer ou détimbrer. Son legato est admirable, et son allemand est évidemment parfait. joue sur un piano on ne peut plus actuel, avec facilité et délicatesse, toujours avec une pondération louable, sans effet de manche inutile. Ensemble, les deux artistes donnent une vision avant tout simple, habitée mais sans excès d’expressivité, qui les rapproche fortement de Haydn plus que de Schumann ou de Brahms. Point n’est besoin d’un pianoforte : le ton Sturm und Drang est parfaitement réussi, à la charnière du classicisme et du romantisme. Chaque lied est un micro-chef d’œuvre d’évidence et de poésie. Bien caractérisé, aucun ne surpasse les autres, et l’ensemble s’écoute en continu avec le même plaisir. Adelaïde, où plane le souvenir de tant de prédécesseurs, est un exemple parfait de cette réussite : le poème se déploie avec une facilité délicieuse, progressivement chargé d’émotion contenue, de plus en plus lourde, jusqu’à devenir un désespoir menaçant calqué sur le crépuscule. Un très beau moment parmi tant d’autres… La chanson de la puce est charmante de drôlerie narquoise, mais sans aucune pitrerie vocale ou pianistique. An die Ferne Geliebte est tout aussi admirable. Avec tact et discrétion, les deux artistes vont au cœur de l’émotion, en construisant un cycle d’émotions amoureuses, peut-être davantage centré sur le héros que sur la nature qui l’environne, mais d’une grande authenticité. Une très belle lecture des lieder de Beethoven.

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