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Les marbres d’Elgin racontés par Gaëlle Bourges

Ouverture du festival June Events aux Ateliers de Paris avec OVTR (On va tout rendre), un spectacle très documenté de la chorégraphe sur la spoliation par Lord Elgin des marbres du Parthénon au début du XIXᵉ siècle.

Mêlant histoire personnelle et histoire de l’art, s’intéresse à nouveau à une œuvre du patrimoine de l’humanité, les cariatides, mais aussi les frises et métopes des temples du Parthénon. Après À mon seul désir sur la figure de la virginité dans la tapisserie de La Dame à la licorne ; Lascaux, puis Revoir Lascaux (sa version tous publics) sur la découverte de la grotte éponyme ou Conjurer la peur, d’après la fresque du « Bon et du mauvais gouvernement » peinte par Ambrogio Lorenzetti dans le palais public de Sienne, elle poursuit son exploration sensible et intelligente de l’histoire de l’art et de ses enjeux politiques et géopolitiques.

Il fallait oser choisir comme personnages les cariatides pour raconter l’histoire d’une spoliation menée en 1801 par Lord Elgin, ambassadeur britannique à Constantinople, et accompagner le récit des convoitises anglaises au début du XIXᵉ siècle sur les statues de femme soutenant l’ensablement du temple d’Erechthéion, l’un des joyaux de l’Acropole – forteresse occupée par les turcs avant de redevenir grecque.
Moulage, relevés, empaquetage des sculptures volées, cargaison à bord des bricks et des navires anglais… la lecture des lettre de Lord Elgin permet de retracer le chemin des pièces historiques et artistiques sciées et détournées par l’aristocrate anglais, qui vendit son butin au gouvernement anglais qui en fit don au British Museum, où aujourd’hui encore, il est exposé. En 1986, un discours de Melina Mercouri, alors ministre grecque de la culture, réclama la restitution des marbres du Parthénon.

Pour mettre en scène ce récit édifiant, Gaëlle Bourges opte pour un double dispositif : un comédien à l’avant-scène, installé à un petit bureau ancien, lit la correspondance d’Elgin, entrecoupée de tubes de grands groupes de rock anglais, passé par un DH à paillettes ; six danseurs vêtus à l’antique affublés de perruques reproduisant la coiffure savamment nattée et la haute coiffe des cariatides. Les six danseurs exécutent les différentes actions de la spoliation, imprimant dans leurs déplacements l’ambre déhanché et noble des cariatides. Peu à peu, le plateau se transforme en chantier bâché où plâtres et moules jouent leur part de la dramaturgie inexorable de ce vol caractérisé, rendu possible par la corruption des janissaires et des hauts dignitaires turcs que Lord Elgin achetait à coup de bakchichs. La pièce, qui s’achève par une danse populaire grecque sur un air de rébétiko, fait écho aux nombreux débats sur les pillages d’œuvres d’art par les pays colonisateurs. Par son titre, OVTR, elle pose directement la question : Et si on rendait tout ?

Crédits photographiques : © Danièle Voirin

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