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Modeste Leonore de 1805 par la compagnie Lafayette Opera

La Leonore de Beethoven n’avait pas encore eu les honneurs du DVD, et il était juste de confier cette « première » au dynamique . Malheureusement, l’interprétation et surtout la mise en scène demeurent besogneuses.

C’est toujours un plaisir de retrouver Leonore dans la version princeps de 1805. D’abord, c’est en soi un très agréable Singspiel, un bel opéra mélodramatique et qui sent encore bien son Haydn et son Mozart. Mais surtout, quand on connaît Fidelio, on peut mieux mesurer le bond de géant qu’a fait le génie de Beethoven entre 1805 et 1814, jusqu’à nous faire regarder au-delà de Mahler, et c’est toujours très impressionnant. La compagnie de Washington, conduite par le passionné , se fait beaucoup d’honneur en exhumant courageusement des œuvres oubliées du XVIIIe-XIXe siècles, et sur instruments anciens. Elle avait d’ailleurs publié en 2017, chez Naxos déjà, la version de Gaveaux et Bouilly de Léonore ou l’amour conjugal (Paris 1798), et Ryan Brown explique, dans un texte de présentation très intéressant, les connexions entre la Leonore de Beethoven et l’opéra-comique français de l’époque. Félicitations, donc, à Ryan Brown pour son travail d’érudition (jusqu’à actualiser avec les dernières recherches l’air de Florestan au III) et son enthousiasme à faire redécouvrir des pans oubliés de l’histoire de l’opéra.

Cependant, il faut bien juger ce qu’on nous donne à voir et à entendre, et là, notre bienveillance se refroidit. La mise en scène de cette production se résume à une mise en espace minimaliste, les acteurs mal fagotés enchainant des gestes et attitudes stéréotypés. Les décors ne sont que de pauvres cadres mobiles vaguement éclairés, impropres à rien suggérer. Pourtant, de cette rusticité scénique se dégage quelque chose de touchant, comme de tout ce qui est naïf. C’est certainement ce niveau d’indigence théâtrale qui était la règle générale au début du XIXe siècle, et il ne manque que des flambeaux et quelques méchantes toiles peintes pour pouvoir s’imaginer à Vienne au moment de la création. Ce qu’un spectateur en 2021 juge médiocre est peut-être marqué au coin de l’authenticité…

Heureusement, Beethoven est là pour donner de la vie à cette histoire, et les musiciens le servent sans indignité. L’Opera Lafayette Orchestra fait entendre les aigreurs et les astringences des copies d’instruments anciens, mais il ne manque pas d’entrain ni de cohésion, et Ryan Brown arrive à lui faire porter le drame jusque dans ses instants les plus intenses. Le chœur, réduit à 4 voix par pupitre et donc très exposé, s’en sort honorablement. La troupe des solistes est constituée de voix jeunes, honnêtes, bien travaillées mais un peu vertes. De cet ensemble valeureux, , dans le rôle-titre, se détache avec un surplus de tendresse et de sensibilité qui éclaire un tant soit peu cette soirée. Mais entre quatre versions audio de Leonore (avec des distributions prestigieuses) et une grande variété de DVD de Fidelio (avec des réalisations scéniques autrement élevées), quelle place pourrons-nous donner à ce DVD-là ?

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