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Bach : Une intégrale d’orgue en marche avec Jean-Luc Thellin à Strasbourg

Les intégrales d’orgue de la musique de semblent sortir comme des champignons, au demeurant elles restent à chaque fois de délicieuses découvertes, gorgées de personnalités bien marquées. Tel est bien l’œuvre en cours de l’organiste liégeois , déjà à son quatrième album.

Après avoir disserté sur ses trois premiers volumes, à chaque fois sur des orgues différents, choisit une nouvelle recrue avec l’orgue du Temple du bouclier de Strasbourg, construit en 2007 par Dominique Thomas sur un modèle inspiré de la facture des instruments de Thuringe du XVIIIᵉ siècle. Contemporain de Bach, Heinrich Trost construisit dans cette région de l’Allemagne moyenne qui vit naître Bach de nombreux instruments de qualités très marquées. Quelques exemplaires célèbres témoignent encore de cet art supérieur et sont visibles et jouables à Altenburg ou Waltershausen. L’orgue de Strasbourg reprend en grande partie cette esthétique, basée sur la gravité et de nombreuse couleurs de type orchestral. Un grand plenum avec ou sans rang de tierce et l’utilisation d’un tempérament historique sont parmi ses nombreux atouts.

Jean-Luc Thellin imagine chaque album comme un récital, puisant ses différentes pièces parmi les grands cycles ou les grands diptyques, ce qui permet une succession de climats judicieusement calculés pour apporter à l’auditeur un confort d’écoute et une attention constamment en éveil. Ainsi après un grand Prélude et Fugue en Mi mineur, témoin de la dernière période de composition à Leipzig, joué avec fougue sur un « Organo pleno » fruité et incisif, l’arrivée du Choral « Pare toi chère âme » apporte un climat de douceur incomparable sur des jeux de fonds et un solo avec une sesquialtera colorée. L’organiste apporte la subtilité d’un jeu nourri d’agogique, n’hésitant pas à la reprise du choral à orner abondamment le discours soliste comme Bach le suggère dans une version antérieure. Viennent ensuite les jeux de principaux proches des sonorités d’archet avec le Prélude en sol mineur, volubile à souhait énonçant subtilement en valeurs longues au pédalier le thème de la fugue à venir, déclamée à nouveau sur une lumineuse sonorité de plein-jeu. Trois versions de Leipzig du choral « Allein Gott » (Gloria) permettent de retrouver ce climat de chant autour des jeux de Montre et de Viole qui, comme disent les organistes, « parlent » au service de textes semblant parfois issus de quelque cantate imaginaire.

Tout l’art de la rhétorique est ici décliné par Jean-Luc Thellin, par une souplesse du jeu et un toucher qui se veut expressif et engagé. Cela amène ensuite l’auditeur à un Concerto en ré mineur jadis composé par Alessandro Marcello pour le hautbois et repris pour le clavier par Bach. Son adagio célébrissime nous fait entendre une flûte aiguë des plus cristallines. Le programme s’achève avec la Toccata dite « dorienne » et sa longue et puissante fugue. Après l’œuvre de Marcello, c’est à nouveau le style du concerto à l’italienne que nous retrouvons et Bach invente pour l’occasion une forme Toccata sur ce concept, avec alternance du tutti et du soli ! Il prend même la peine de l’indiquer sur la partition ce qui est très rare chez lui. Cela permet une géniale alternance entre les deux principaux plans de l’orgue, deux plein-jeux acérés dans une joute musicale virtuose et bondissante de joie. La fugue elle, termine le récital par sa solide et vaste construction, grâce à un thème simple mais en valeurs longues, propice à une polyphonie dense et savante.

Tout dans ce récital est dosé et pensé pour proposer un Bach épanoui, narrateur et proche du cœur. Grâce à l’approche éclairée de Jean-Luc Thellin, Bach se redécouvre une nouvelle fois, à l’infini comme par magie.

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