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La Chauve-Souris à Rennes : incitation à l’optimisme en temps de crise

En coproduction avec Angers Nantes Opéra, Toulon et Avignon, l’Opéra de Rennes pour son traditionnel rendez-vous Opéra sur Ecran(s) a choisi de nous offrir une vision joyeuse de La Chauve-Souris, une façon d’échapper à la morosité en cette période de crise sanitaire.

C’est en 2009 qu’Alain Surrans a lancé le rendez-vous tout d’abord biennal et désormais annuel associant représentation sur grand écran dans de nombreuses villes et diffusion sur les chaînes de télévision locales. Cette année, le choix de l’ouvrage s’avère particulièrement heureux : en une période de restriction, quoi de mieux que l’ouvrage le plus « champagne » du répertoire pour réveiller les sourires ? Restrictions sanitaires obligent, l’orchestre est réduit à vingt-cinq instrumentistes, mais la plénitude sonore n’en souffre pas sous la baguette experte de qui fait preuve d’une impeccable maîtrise du rythme et de la dynamique, ainsi que d’une parfaite familiarité avec l’univers viennois de l’ouvrage. Dés l’ouverture, il privilégie la vivacité et soutient remarquablement les solistes dans les numéros virtuoses. Malgré les conditions particulières de l’enregistrement sur trois soirées ouvertes uniquement à la presse, chaque protagoniste se glisse avec aisance et jubilation dans son personnage à l’image de Stephen Genz qui concilie prestance et ridicule à merveille.

La révélation de la soirée est la Canadienne qui incarne une Adèle de grand chic, conjuguant fraîcheur et virtuosité, impeccable de virtuosité dans Mein Herr Marquis. Mais c’est l’ensemble de la distribution féminine qu’il faut saluer, d’, Rosalinde aristocratique, flamboyante dans sa Csardas malgré une légère fixité dans l’aigu, à , piquante Ida, sans oublier Stéphanie Houtzeel qui porte élégamment le travesti, prince séducteur et blasé, et nous régale dans ses couplets avec un registre grave somptueux. Côté masculin, manque de séduction sonore en Alfred, tout le contraire de , plein d’aisance sonore et stylistique en Falk. La comédienne Anne Girouard, la Guenièvre de Kaamelott, introduit les péripéties avec aisance et fantaisie, mais son monologue de Frosch est un peu chargé.

Le décor du premier acte nous propose un intérieur viennois avec une collection de cadres qui se révèlent autant d’alvéoles pour l’apparition des personnages. Il s’en suit des jeux à distance assez divertissants. Le procédé pourrait s’avérer répétitif mais la mise en place est impeccable, la gestuelle soignée et l’inventivité permanente. On apprécie les trouvailles spirituelles mais aussi la référence au cinéma muet dans la scène entre Alfred et Rosalinde. Le décor s’entrouvre ensuite pour la fête chez Orlofsky avec un grand escalier tapissé de rouge et des choristes masqués, sans baisse de rythme dans la régie d’un spectacle minutieusement réglé et toujours divertissant. Le soin apporté aux costumes et aux lumières ajoute à notre plaisir pour une représentation qui est une pleine réussite.

Crédits photographiques : (Ida), (Adèle) © Laurent Guizard

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