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Une bande dessinée pour approcher Beethoven au plus près

L’éditeur de BD indépendante La Boîte à Bulles fait honneur à sa spécialité du roman graphique, avec cet imposant ouvrage de Régis Penet.

« Moi, prince von Lichnowsky, je vous demande de jouer pour un homme et un pays auquel vous devez tant. Les Français sont pour l’heure nos maîtres dans l’art de la guerre. Nous restons leurs maîtres dans l’art de vivre. C’est la leçon qu’ils auront ce soir et que mon sang m’oblige à leur donner » : c’est parce qu’il ne voulait pas entrer en contradiction avec ses idéaux que refusa en 1806 de jouer devant des officiers français et se brouilla avec son ami et protecteur d’alors. C’est cet épisode réel, raconté en détail, qui sert de pivot à l’histoire. En adoptant le point de vue du fils du prince von Lichnowsky, mais aussi en s’en écartant habilement, Régis Penet parvient à traiter tous les aspects qui s’attachent à Beethoven, au personnage comme à sa musique. De longs dialogues, des scènes d’intérieur succédant à des épisodes dans la nature, beaucoup de gros plans sur des visages expressifs constituent la matière que l’auteur travaille longuement. Son dessin efficace et réaliste, jouant des mille nuances du blanc, du noir et du gris, laisse toute sa place au texte et évite tout effet trop démonstratif.

La biographie du compositeur, de son enfance à sa mort, n’est pas absente de l’histoire, mais l’angle choisi ainsi que l’habileté de composition, à l’image de celle de Beethoven, évite toute impression de didactisme. Le Ravel de Beffa, Métayer et Cavaillez, à côté de nombreuses qualités, avait par moments un petit côté « Ravel pour les nuls » ; rien de tel ici, au long de ces 130 planches.

Était-il en revanche utile de proposer une playlist sur Deezer pour illustrer musicalement la bande-dessinée ? Un lecteur qui ne connaît pas ou très peu la musique de Beethoven pourra en tirer quelque profit, mais la longueur de la sélection (trois heures et demi) empêche de l’écouter en parallèle de la lecture, à moins d’interrompre celle-ci régulièrement pour changer de morceau. Et puis quoi de moins durable qu’une sélection, sur une plateforme tierce, de morceaux dont l’éditeur du livre ne détient aucun droit ? Non, croyez-le bien, la lecture de cette bande dessinée, heureux prolongement de l’année du deux-cent-cinquantenaire, se suffit à elle-même pour aider à approcher le génie de et de sa musique.

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