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Bouquets de musique baroque au festival de Froville

, et Reinoud Van Mechelem sont à l’affiche de trois concerts du festival de musique baroque et sacrée de Froville.

Niché dans la campagne lorraine entre Nancy et Épinal, le festival de musique baroque et sacrée de Froville accueille depuis près de vingt-cinq ans les artistes qui comptent aujourd’hui dans le monde de la musique ancienne. Il serait vain de nommer tous les grands noms qui y ont fait leurs premiers pas, ou toutes les stars du baroque qui d’année en d’année reviennent vers ce lieu magique, attirés à la fois par un public d’une rare fidélité mais également par l’acoustique idéale du prieuré dans lequel se déroulent les concerts. Cette année, en dépit des problèmes de jauge dont il a forcément fallu tenir compte, la plupart des manifestations ont pu se tenir dans ce cadre enchanteur.

Le concert du vendredi 25 juin, sous-titré « Laguna et terraferma », aura mis en regard deux compositeurs pratiquement contemporains, le Vénitien et le moins connu , né à Modène et généralement associé, en dépit d’une carrière internationale prestigieuse, à la ville de Bologne. Les airs d’opéra du dernier sont tous consacrés à la figure d’Alexandre le Grand, personnage récemment honoré par dans un de ses récitals discographiques. On retrouve avec délices, durant le concert, le velours caressant du haut médium de cette voix envoutante, ainsi que la raucité ténébreuse presque barytonnante du grave. Un bas médium un peu sourd nuit cependant quelque peu à la qualité du legato. De fait, les airs de Vivaldi donnés ce soir conviennent davantage à la musicalité du contreténor catalan qui offre au public, accompagné du violon de Pablo Valetti, un « Sovvento il sole » d’Andromeda liberata véritablement extatique. L’expressionnisme presque glaçant du « Gelido in ogni vena » de Il Farnace aura permis aux archets de l’ de créer le climat angoissant qui contraste avec la lumière solaire que l’on associe généralement aux concertos de Vivaldi. De son violoncelle aux sonorités chaudes et vibrantes, qu’on se plaira de rapprocher du timbre moelleux et sensuel de Sabata, dirige son petit monde avec rondeur mais aussi ferveur, fermeté et précision. Triomphe assuré avec le concerto « La Follia ». Deux bis, une pièce de Monteverdi ainsi que l’aria « Serbati a grande imprese » de l’opéra Alessandro nell’Indie de Pescetti, concluent un concert au programme généreux et à l’ambiance chaleureuse.

Deux jours plus tard, c’est au contreténor de se produire, en compagnie de l’ensemble – The Classical Band, devant le public du festival. De Haendel et Vivaldi à Michael Nyman et , le programme brille tout d’abord par son originalité et son éclectisme. Le fil conducteur de la soirée, consacrée à la thématique « Au plus près du paradis », se décline en quatre grandes parties d’ailleurs nommées en quatre langues différentes : « Aure dolci intorno a me » (L’Amour), « La voix douce » (La Mélancolie), « Auf Schwingen der Nacht » (La Nostalgie), « Dream and Devotion » (Le Rêve). Dans des arrangements réalisés le plus souvent par les membres du groupe (les flûtistes Andrea Ritter et , le pianiste Christian Fritz et le violoncelliste Victor Plumettaz), se succèdent des morceaux au style et à l’esthétique radicalement divergents. S’il n’est pas rare d’associer Haendel et Vivaldi, on entend plus rarement Ferré succéder à Fauré… De même, la première partie reste majoritairement baroque et savante tandis que la deuxième est assurément moderne et populaire. Doté de l’instrument le plus pur et le plus cristallin dont on puisse rêver pour cette catégorie vocale, Valer Sabadus déploie ses charmes enchanteurs pour Haendel et Vivaldi. On le découvre à l’aise avec Fauré et Ferré, dans un français moins exotique que ce qu’on aurait pu imaginer. En fin de programme, il interprète avec passion et conviction la superbe chanson du flûtiste Daniel Koschitzki Closer to Paradise. Passion également pour le premier bis du programme, la chanson de Barry Manilow Could it be magic, autrefois popularisée dans une version disco par la chanteuse Donna Summer. La reprise de l’air de Vivaldi « Vedró con mio diletto » permet à Sabadus de prendre quelques risques en produisant, gravé dans le plus pur cristal, un aigu filé d’anthologie. Emmenés par leurs deux flûtistes, les musiciens de l’ensemble Spark confèrent au programme toute l’énergie d’un groupe de rock mais en préservant à chaque instant la rigueur et la précision qu’on a l’habitude d’exiger des ensembles baroques. Le public, qui a réagi avec enthousiasme à une proposition qui n’était pas gagnée d’avance, ne s’y est pas trompé.

L’avant-dernier concert du festival aura permis au public de découvrir le programme récemment enregistré chez Alpha par le ténor , la flûtiste et l’ensemble . Entièrement consacré à des pièces irlandaises et anglo-irlandaises du XVIIIe siècle, ce programme aura pour beaucoup été une révélation. Né de la passion d’ pour la musique irlandaise et pour la flûte, il est en effet l’occasion de démontrer les formes les plus diverses de l’hybridité. Hybridité entre la musique populaire et la musique savante, hybridité entre la culture gaélique et la culture anglaise ou anglo-irlandaise, hybridité entre la musique vocale et la musique instrumentale. Particulièrement emblématique de ces courants qui ont traversé les îles britanniques, la chanson gaélique « Eileanoir a Run », issue de la culture du sean-nos (ou « style ancien »), d’abord chantée a cappella puis dans une version instrumentale, et enfin dans l’adaptation faite à Londres pour la chanteuse Kitty Clive, créatrice du rôle de Dalila dans le Samson de Haendel. Toutes ces chansons, autrefois interprétées par la gentry irlandaise soucieuse de s’encanailler tout en restant dans les limites de la décence et du convenable, ne sont rien moins, avec ces évocations de l’amour pastoral, de la vie militaire ou de la sexualité dans ses aspects les plus crus, qu’un reflet juste et fidèle de la vie quotidienne d’un pays à l’histoire passablement compliquée et tourmentée. Dans ce domaine, il y a encore beaucoup à découvrir.

Inutile de préciser que les interprètes défendent avec passion, humour et conviction un répertoire auquel visiblement ils croient, comme l’ont montré toute la soirée les sourires complices de musiciens qui savent cultiver l’art du vivre et du jouer ensemble. On ne sait s’il faut davantage admirer la flûte d’Anna Besson ou la viole de Myriam Rignol, sans oublier le clavecin de Loris Barrucand ou la harpe de la jeune musicienne appelée à remplacer Sarah Ridy presque au pied levé. On connait depuis plusieurs saisons toute l’onctuosité vocale dont sait faire preuve, ainsi que l’extraordinaire qualité de sa diction. Son anglais est de bonne qualité, mais il n’est pas aussi immédiatement compréhensible que son français. Le public aura néanmoins apprécié l’humour dont le chanteur fait preuve, en début de programme, dans son imitation d’un Français chantant en anglais. Cette note d’un humour qui a parcouru l’ensemble du concert, s’est également trouvée dans le bis offert au public, quand les instrumentistes ont joint leur voix au solo « How blest are shepherds » extrait du King Arthur de Purcell.

Crédit photographique : © Victor Toussaint ; Valer Sabadus © Ross

 

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