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Le monde de l’orgue entre Renaissance et Baroque avec Aude Heurtematte à Champcueil

Au passage de la Renaissance vers le Baroque, le monde de l’orgue demeure une période fondatrice et hautement féconde dans l’histoire de la musique. Cet album rassemble des musiques qui témoignent de cet art savant et rayonnant dans l’interprétation hautement informée d’ sur l’orgue prébaroque de Champcueil.

Depuis l’époque gothique, par l’extension des édifices religieux, les orgues n’ont cessé de prendre de l’ampleur jusqu’à l’obtention de grands instruments dotés du fameux grand blockwerk, constitué d’une multitude de rangs de tuyaux regroupés en un seul ensemble indissociable. Ainsi, la cathédrale d’Amiens, l’une des plus vastes de la chrétienté, possédait un tel registre de 90 rangs au milieu du XVIe siècle. Au tournant du XVIIe siècle, l’Europe musicale de l’orgue est portée par un élan nouveau et voit en l’espace d’une trentaine d’année apparaître de grands livres de compositions, développant essentiellement une musique savante et polyphonique. Chaque pays apporte sa contribution depuis les pères fondateurs Sweelinck et Frescobaldi, annonçant Correa de Arauxo, Scheidt ou encore Titelouze. En cette période bouillonnante, la facture d’orgue suit le mouvement et offre des instruments adaptés à ces pages. On assiste à une espèce de tronc commun avec des caractéristiques assez voisines d’un pays à l’autre, essentiellement basées sur la sonorité du plein-jeu héritée du fameux blockwerk.

Cet album présente un orgue reconstitué par Dominique Thomas suivant ce qui se pratiquait aux alentours de 1630. Les orgues possédaient un tempérament inégal, souvent appelé mésotonique qui privilégiait certains intervalles aux détriment de certains autres. Afin d’élargir les possibilités accordales, on a multiplié le nombre de touches sur le clavier. C’est ainsi que l’on différencie par exemple un dièse d’un mi bémol, ce qui bien sûr complique un peu le jeu de l’interprète, tant au clavier qu’au pédalier. Le programme consiste en un judicieux panorama de pièces montrant l’évolution de l’écriture et des styles depuis le milieu du XVIe siècle avec les compositeurs français comme Attaingnant et Du Caurroy ou allemands avec Hassler jusqu’aux grands livres des années 1630 avec Titelouze, Scheidt et Tunder. On constate combien un orgue unique peut servir aussi bien ces répertoires venus de contrées différentes. La musique offre des pièces à destination liturgique (hymnes, magnificats, chorals) ou profanes (préludes, fantaisies, danses) qui se succèdent avec bonheur montrant tour des mélanges de timbres, souvent à l’imitation d’ensembles instrumentaux de l’époque.

aborde ces œuvres en grande spécialiste de ces riches répertoires, par un jeu vivant qui illumine des textes parfois austères ne demandant qu’à être révélés, et par un style d’exécution retrouvé. Les musiques de danses s’enflamment souvent grâce à des jeux d’anches incandescents. La gravité de l’orgue, avec sa montre de 16 pieds manuelle, est mise en valeur avec un grand fond d’orgue de , organiste de l’église Saint-Gervais à Paris au XVIIe siècle. Un autre exemple met en valeur des notes très graves de l’orgue dont une Dulcian de 24 pieds qui se fait entendre dans le Praeludium de Tunder. Autant de ravissements qui sont rassemblés ici par la réunion d’un répertoire, d’un orgue et d’une interprète inspirée, portés par une prise de son adaptée aux musiques, décrivant à son juste point ce discours baroque, fil conducteur de ces siècles d’or.

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