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Décès du compositeur Luis de Pablo

Compositeur prolifique et personnalité attachante, poète autant que savant, s’est éteint à l’âge de 91 ans dans sa demeure madrilène.

Né à Bilbao en 1930 et formé dans un premier temps au métier d’avocat, s’engage ensuite dans la composition en autodidacte, formant avec ses comparses Ramón Barce Benito ou encore Cristobald Halffter le groupe Nueva Música. Il mène une carrière internationale, fréquentant les milieux de l’avant-garde musicale (Darmstadt, Donaueschingen, Paris) avant de revenir en Espagne où il introduit le sérialisme et le courant de l’aléatoire. Ses Invenciones pour orchestre comptent parmi les premières expériences sérielles dans le paysage musical espagnol. Mais Luis de Pablo prend rapidement ses distances avec le dogme sériel et commence à introduire des éléments plus libres dans sa composition. Il participe à la fondation du Grupo nueva Música (1958-63) et celle du groupe Alea (1964-73) qui fait connaître l’œuvre de Webern, Stravinsky, Varèse, Boulez, etc. au public espagnol. Nommé président de la section espagnole des Jeunesses musicales, il est à l’origine des concerts Tiempos y musica et de la Biennale de musique contemporaine à Madrid. Un an plus tard, il inaugure le premier studio de musique électronique espagnol qu’il va diriger. En 1972, il organise l’unique édition des Encuentros de Pampelona, importante manifestation de musique, théâtre, cinéma et arts plastiques, « une bombe à retardement vite désamorcée », dira-t-il. Il résidera à Berlin, aux États-Unis, au Canada, en France, en Suède avant de se fixer à Madrid.

Son catalogue vertigineux (quelques 250 œuvres dont cinq opéras) dessine une trajectoire allant du sérialisme mâtiné d’éléments aléatoires à une synthèse personnelle incluant la micro-tonalité, les œuvres mixtes, la complexité rythmique voire les musiques traditionnelles. Il aborde tous les genres dont la musique de film (il a collaboré avec Carlos Saura) et reste profondément attaché à la voix et aux pages chorales. Citons parmi les œuvres les plus retentissantes Iniciativas (1965-66) pour orchestre, Imaginario II (1967) pour grand orchestre et la série des Modulos I-V (1967) pour divers instruments ; ses opéras El viajego indiscreto (1984-88) et La madre invita a comer (1992) appellent la collaboration de l’écrivain et ami Vicente Molina. Son concerto de guitare Fantasias est créé en 2002 à Radio France par Thierry Mercier sous la direction de Daniel Kafka. La reprise de l’œuvre à Madrid signe ses retrouvailles avec Pierre Boulez qu’il disait aimer comme un frère. Tout récemment, deux pièces pour six voix solistes, Cape Cod (1994) et Variaciones de León (1992-1993) ont été interprétées par l’ensemble vocal Soli-Tutti dirigé par Denis Gautheyrie lors du concert de janvier 2020 donné à l’Ambassade d’Espagne où l’on fêtait les 90 ans du compositeur.

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