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L’Auvergne 5 étoiles de Canteloube, Carolyn Sampson et Pascal Rophé

Cette superbe proposition discographique de et de la menée par pour ses Chants d’Auvergne de nous sort des clichés associés à la musique régionale.

Ne nous laissons pas tromper par « l’Auvergne pittoresque » avec ces danseurs de bourrée en sabots d’un autre temps qui parent la pochette de ce disque, ou bien par le choix de cette peinture naïve en guise de couverture. La démarche de , avec ses Chants d’Auvergne composés entre 1923 et 1954, est à l’écoute, tout sauf une entreprise ethnomusicologique nonobstant tous ces éléments qui laisseraient à le penser.

Malgré les nombreuses interprétations de ces 30 mélodies réparties en cinq recueils, nous n’avions pas entendu les Chants d’Auvergne en disque depuis 2004, avec Véronique Gens et Jean-Claude Casadesus à la tête de l’Orchestre national de Lille. Aujourd’hui, et à la direction de la , l’orchestre de la ville d’Espoo, nous proposent une sélection de vingt-cinq mélodies, soit la première et la troisième séries au complet, et quelques fragments de la deuxième, quatrième et cinquième séries, toutes clairement identifiées dans la présentation de cette programmation.

Pour d’aucuns qui associent rapidement les chants populaires à une musique simple, naïve, ou rustique (dans le mauvais sens du terme), l’ouvrage de Canteloube et l’interprétation luxueuse des protagonistes de cet enregistrement surprendront sans doute. La proposition « cinq étoiles » de Carolyn Sampson et Pascal Rophé nous sort de clichés sans complaisance, pour une offre musicale sublime en tout point.

La ligne mélodique du chant original est quasi respectée par le compositeur. Sous la fraicheur du timbre de Carolyn Sampson, ses origines populaires deviennent de véritables envolées lyriques de grande qualité dans Lo fiolairé (La fileuse), et d’une élégance indéniable dans Quan z’eyro petitoune (Lorsque j’étais petite). C’est forte d’une dextérité solide et d’une diction parfaite face à la langue auvergnate que la soprano magnifie Lou coucut (Le coucou), Carolyn Sampson diffusant grâce à une sincérité évidente et une sensibilité réjouissante, les inflexions lyriques de cette langue régionale au sein d’un sens du discours parfaitement maîtrisé, presque théâtral dans Oï ayaï (Oh ! Ah !) ou Tè, l’co, tè ! (Va, l’chien, va !)

L’orchestre s’inscrit dans la même dynamique en proposant un panel de couleurs et d’ambiances enthousiasmant. La Tapiola Sinfonietta sait se faire brillante et flamboyante dans Obal din lou Limouzi (Là-bas dans le Limousin), élégante et sophistiquée dans la Pastourelle, voluptueuse à souhait dans Lou boussu (Le bossu) ou encore Uno jionto postouro (Une jolie bergère), rêveuse et profonde dans Per l’èfon (Pour l’enfant). Sous la direction de Pascal Rophé, les instrumentistes ne manquent toutefois pas d’humour, le démontrant allégrement dans leur interprétation de Tchut, tchut. Le bel équilibre compositionnel et interprétatif est parfaitement illustré, respectant les touches de la musique populaire, avec l’intervention de percussions traditionnelles pour Lo calhé (La caille), ou encore le renforcement de l’impression pastorale par l’utilisation large des bois orchestrés et arrangés selon les codes et la richesse de la musique savante, la harpe de Passio pel prat (Viens par le pré) en étant une illustration parmi tant d’autres.

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