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Henry Purcell, génie musical vaincu par l’impitoyable bacille de Koch

(1659-1695), malgré sa précoce disparition à l’âge de 36 ans, figure parmi les plus grands compositeurs anglais de tous les temps. Son prodigieux talent et sa production sacrée et profane impérissables ont connu un arrêt brutal. Connait-t-on vraiment les causes de sa mort ?

D’abord choriste à la chapelle royale (1669), il compose une élégie à la mort de en 1677 avant de devenir deux ans plus tard organiste à Westminster Abbey. Il est nommé responsable des Instruments du roi en 1683 et élabore sa première Ode pour la Sainte-Cécile la même année. Son fameux opéra Didon et Énée est représenté en 1689. En 1691, il compose la musique du Roi Arthur d’après la pièce de Dryden. Quatre années avant sa disparition, en 1691, il élabore la musique de The Fairy Queen d’après la pièce Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Le 21 novembre 1695, parvenu au sommet de son art, l’hyperactif meurt dans sa demeure sise à Marsham Street (Dean’s Yard) à Londres. Il n’avait que 36 ans. Il laisse une femme et trois enfants. Sa veuve, à laquelle il lègue tous ses biens, œuvrera pour faire publier une grande partie de sa musique. Elle décèdera en 1706.

Inévitablement, des voix se firent entendre pour demander des éclaircissements sur les conditions de son décès, tandis que d’autres échafaudèrent diverses hypothèses. Il n’existe aucune preuve formelle susceptible d’étayer les causes exactes de la disparition de ce créateur exceptionnel.

On a avancé un probable refroidissement alors qu’il rentrait nuitamment du théâtre et qu’il ne put pénétrer chez lui car sa femme avait fermé la porte à clé. Pâtit-il de la colère de son épouse fâchée de le savoir fréquenter les auberges de la capitale et bien décidée à ne pas le laisser entrer ? Attendit-il longuement sur le pas de la porte au point de mourir de froid par hypothermie ? Une pneumonie suraiguë ne peut être totalement écartée. Il décède quelques jours plus tard.

Une autre théorie indique qu’il succomba à la terrible tuberculose dont souffrit son père, qui touchait durement l’ensemble de l’Europe et pour laquelle aucun traitement n’existait. Cette hypothèse dépourvue de toute fantaisie est la plus probable. D’ailleurs, lucidement, il se savait gravement malade comme l’indique son testament dans lequel il se dit « dangereusement malade dans mon corps », tout en précisant que son esprit et sa mémoire demeuraient intacts.

Une synthèse de ces deux causes n’a rien d’extravagant car s’il souffrait de la tuberculose, une exposition prolongée au froid de la nuit a pu précipiter la dégradation de son état de santé précaire. En somme, il est fort probable que sa disparition n’ait rien de véritablement mystérieux.

Enfin, une autre éventualité, la moins probable de toutes, et peut-être la plus farfelue, avance qu’il aurait été victime d’une overdose de cacao, substance dont il raffolait.

Henry Purcell est enterré avec faste et solennité à proximité de l’orgue de l’abbaye de Westminster (Londres) le 26 novembre. Son épitaphe indique : « Ici repose Henry Purcell qui a quitté cette vie et est parti pour ce lieu béni qui est le seul où son talent puisse être surpassé ». Sa propre musique pour les funérailles de la reine Mary de 1694 est interprétée en ce triste jour.

Ainsi disparut, il y a 326 ans, celui qui réussit à élaborer une vision spécifiquement anglaise de la musique baroque. Il faudra attendre le XXe siècle pour assister au renouveau de la musique anglaise avec Edward Elgar et Ralph Vaugham Williams certes mais aussi Frederick Delius, Arnold Bax, John Ireland, William Walton et Benjamin Britten.

En 1696 son ami le compositeur compose une splendide Ode sur la mort de Mr. Henry Purcell.

Bibliographie

BRIDGMAN, Purcell (Henry), Encyclopedia Universalis, vol. 13, p. 818-819, 1968.

HERMANN Claude, Henry Purcell, Actes Sud/ Classica, 2009.

WESTRUP Jack, Purcell, J.M. Dent & Sons, 1980.

WESTRUP Jack, Purcell, Henry, New Grove Dictionary of Music and Musicians, Macmillan Publishers, edit. by Stanley Sadie, 1988, vol ; 15, p. 457-476.

Crédits photographiques : Portrait du compositeur Henry Purcell (Londres, 1659-1695) © DeAgostini

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