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Un rare oratorio portugais inédit en France à l’Arsenal de Metz

La Mort d’Abel d’Avondano bénéficie d’une interprétation probe sans pour autant convaincre pleinement.


? Même le discophile le plus consciencieux n’a guère de repères sur ce compositeur portugais fils d’un compositeur italien installé à Lisbonne : Il mondo della luna, son seul opéra conservé intégralement, a certes été enregistré, tout comme une partie de sa musique instrumentale, notamment des sonates pour clavecin dans la lignée de Scarlatti, et un peu de musique vocale, le tout sans beaucoup de retentissement. L’oratorio La morte d’Abele, composé à la fin de sa vie, avait été recréé en 2012 par l’ensemble portugais Divino Sospiro, et elle est créée en France pour ce concert. Avondano ne sort guère des carcans imposés par le livret de Métastase, pauvre en action et réduisant le conflit et les personnages à des stéréotypes. Hors un court chœur (chanté par les solistes) à la fin de chacune des deux parties, la partition se structure en longues séquences de récitatif terminé par un air lui aussi systématiquement développé, pour une durée totale de près de deux heures et demie de musique. Ce n’est d’ailleurs pas un mal en soi : Avondano manie habilement le récitatif accompagné, et même ses récitatifs secs ne se réduisent jamais à la simple déclamation, avec un effort d’expressivité constant qui ne va cependant pas jusqu’à une véritable caractérisation des personnages. Il en va un peu de même pour les airs : les efforts réels du compositeur pour varier les couleurs orchestrales – notamment grâce aux deux cors et aux deux hautbois, beaucoup moins aux deux flûtes sous-employées – sont souvent un peu visibles et ne compensent pas le manque de variété dans l’expression et dans la forme. L’œuvre est très intéressante pour mieux comprendre l’Europe musicale de l’époque de Mozart dans toute sa diversité, mais elle n’est pour autant rien de plus qu’une curiosité.

Le public n’avait pas la tâche facile pour ce concert, en l’absence de tout livret, de tout surtitrage, et même de tout résumé de l’action. Il est difficile de juger jusqu’à quel point l’ensemble Divino Sospiro parvient à extraire de la partition tout son potentiel ; il ne fait pas de doute que son chef italien Massimo Mazzeo s’engage pleinement dans la défense de l’œuvre, mais l’ensemble manque parfois de clarté et de lignes directrices, par exemple dans le chœur final de la première partie. La distribution vocale, elle, est de belle qualité, en particulier en Abel et dans le bref rôle de l’Ange, mais aussi (Adam) et dans une moindre mesure le frère-victime, chanté par . Une certaine monotonie gagne certes souvent aussi le chant, mais elle est moins à mettre sur le compte des chanteurs eux-mêmes qu’à attribuer à la partition.

Crédit photographique : © Pedro Soares

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