- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Americascapes par Robert Trevino et l’Orchestre National Basque

Pour son troisième disque chez Ondine, Robert Trevino dirige l' dans Americascapes. Cet enregistrement réunit quatre compositeurs américains peu joués, Hanson, Loeffler, Cowell. Quatre œuvres à l'écriture innovante qui apparaissent comme des références dans la musique américaine du XXᵉ siècle.

Né en Allemagne, Charles Loeffler s'est installé aux États-Unis en 1882 pour devenir par la suite violoniste dans l'orchestre symphonique de Boston. La mort des Tintagiles est un poème dramatique inspiré du drame de Maeterlinck. D'un caractère expansif avec des plages à l'expression épique, il met à l'honneur la viole d'amour. La direction de Robert Trevino est aussi fluide que soignée. Sans jamais forcer le trait, la ligne d'architecture pénètre au cœur de l'émotion mettant en valeur le fond et la forme avec un sens du détail de premier plan. Les cordes répondent avec transparence et libèrent une sonorité soyeuse.

Changement de style et d'atmosphère avec Evocations de , plus connues dans leur version pour piano. Finement élaborées, ces pièces atonales mais non sérielles au sens strict, usent d'une harmonie chromatique : le « contrepoint dissonant », un terme inventé par Charles Seeger pour décrire cette musique. Là encore, nous sommes frappés par la capacité de cet orchestre à dépasser l'aspect âpre et rugueux de la partition pour faire ressortir tout son mystère et son lyrisme.

Before the Dawn composé par , constitue une première au disque et il y a fort à parier que cette version ne sera pas la dernière. Portée avec verve, la dynamique est de bout en bout magnifiée. Loin de proposer une simple vision « grand spectacle », l'interprétation souligne de manière vibrante la dimension dramatique de ce chef d'œuvre. Trevino ne relâche pas la tension dans la progression des différents volets. Le passage solo des bois est particulièrement touchant.

Dans les Variations pour Orchestre d', Trevino et l'orchestre basque s'illustrent avec une grande homogénéité. La démarche avant-gardiste du compositeur dans l'écriture – même (Bartók lui demandera l'autorisation d'utiliser sa technique du cluster !) permet à chaque pupitre de briller. Avec un sens descriptif riche en couleurs, les musiciens dévoilent également l'étendue de leurs qualités rythmiques. Le dialogue est jubilatoire et parfois déjanté (notamment entre le piano et les percussions), constitué de textures aussi mystérieuses qu'innovantes. C'est le cas du premier thème avec un solo inspiré du xylophone suivi des solos de la flûte puis de la clarinette et du hautbois accompagnés par le pizzicato des cordes. L'auditeur a l'impression d'être dans la même pièce que les musiciens grâce à une prise de son équilibrée et immédiate.

Ce disque constitue une découverte à part entière et possède tous les arguments pour devenir une référence dans la discographie.

(Visited 418 times, 1 visits today)