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Deux nouveaux disques Glass : satisfactions et frustrations

Les Glass Music Lovers se précipiteront bien sûr sur ces deux parutions à la cohérence toute relative.

Des mélodies. En 1997, à Perugia (Italie), Philip Glass crée Songs of Milarepa pour baryton et orchestre. Des 100 000 poèmes écrits au XIᵉ siècle par le poète yogi tibétain, Glass a gardé les trois les plus emblématiques de sa propre philosophie de vie. Le très dépouillé I am the Man Called Milarepa professe le rejet de toute idée de possession (financière, honorifique, et même amoureuse), miroir aux alouettes tendu à tout humain et particulièrement à quelqu’un d’aussi reconnu que l’est aujourd’hui le compositeur américain. Song of the White Staff, dont l’émouvant allant évoque la belle inspiration de La Belle et la Bête, déroule les fondamentaux du bouddhisme à partir de la canne blanche (offerte par un disciple) qui accompagne depuis, au propre, Milarepa, au figuré, Philip Glass. Retour à l’introspection avec Song of the Five Sisters, sorte de vision angélique autour de la « vérité ultime de la réalité ». , créateur à Linz en 2009 du rôle-titre de Kepler, a interprété dans sa version pour orchestre (le Bruckner Orchester Linz sous la baguette de Dennis Russel Davies) ce cycle de 25 minutes qu’entre-temps Glass avait réduit pour piano. C’est sur cette version-ci que s’est penchée dans la foulée . Celle qui fut en 2014 élue par le compositeur pour la première (et magnifique) intégrale discographique des Etudes, à qui il dédia en 2019 sa Sonate, confirme ici aussi, par son toucher miraculeux, sa totale adéquation avec la pensée glassienne. Le velouté de la prise de son magnifie la myriade d’intentions du discours pianistique comme la beauté émue du baryton, accordé comme son accompagnatrice à l’émotion toute sensorielle issue de cet art du presque rien. Un art accordé à son modèle tibétain, qui dépouille également pour piano trois pièces naguère confiées, l’une à un petit ensemble orchestral dans Hydrogen Jukebox en 1993, l’autre au Philip Glass Ensemble dans Monsters of Grace en 1997, dont le très signifiant Where Everything Is Music introductif (Stop the words now ! Open the window in the center of your chest and let the spirit fly in and out), réduit ici de moitié, clôt ce disque qui aurait vu sa cohérence accrue si Orange Mountain Music (OMM) avait pu mettre en miroir ces Songs of Milarepa de récital avec leur version orchestrale, dont il n’existe à ce jour encore aucun enregistrement.

Une symphonie. Alors que la Symphonie n° 12, la fameuse Lodger (d’après l’album éponyme de David Bowie de 1979), créée en 2019, est enfin disponible (mais inexplicablement pour l’instant hors tout support physique), voici la chronologie discographique bousculée avec cette Symphonie n° 14 baptisée The Lichtenstein Suite que l’ensemble , pour qui Glass l’avait écrite, avait créée au Musikverein de Vienne en septembre 2021, avant que la Symphonie n° 13 ne soit créée à son tour en mars 2022 à Ottawa ! est un orchestre à cordes de 14 instrumentistes âgés de 14 à 23 ans, issus de pays du monde entier. Mark Messenger dirige cette symphonie dont les 19 minutes en font la plus brève du compositeur. De pure lumière, d’une transparence chambriste qui demande beaucoup à ses jeunes musiciens (« Dans la musique de Philip, il n’y a pas de place où se cacher », confie , premier violon et directeur artistique de l’ensemble), elle réserve peu de surprise mélodique, hormis un roboratif moment au mitan d’un troisième et dernier mouvement qui s’éteint à pas comptés. Comme toujours chez OMM, la prise de son magnifie au plus près cette musique et ses interprètes. On est heureux de trouver Echorus, pièce pour deux violons et cordes que Glass composa en 1997 pour Yehudi Menuhin et Edna Mitchell avant d’en faire la deuxième de ses 20 Etudes. Mais l’on peste que le complément de programme, si beau soit-il (le Tirol Concerto au cœur duquel se niche une déclinaison de 18 minutes du bouleversant thème apparu dans The Truman Show, est un des sommets du compositeur), si bien interprété soit-il (orchestre et pianiste – l’excellent – faisant jeu égal avec la version du dédicataire, Dennis Russell Davies, qui dirigea et enregistra ce Tirol Concerto du piano à Stuttgart en l’an 2000), ne fasse pas de ce disque l’incontournable qu’il eût été si l’on y avait trouvé d’autres œuvres encore en attente d’enregistrement du compositeur contemporain aujourd’hui le plus présent chez les disquaires.

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