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Hans Leo Hassler, un musicien allemand de la Renaissance touché par l’art vénitien

Qui est (1564-1512) dont le nom est régulièrement évoqué dans de nombreux textes musicaux traitant de la Renaissance ? Compositeur luthérien en terre catholique, il écrit pour les voix et pour le clavier. Très influencé par l’Italie, il a introduit une part méridionale conséquente dans la musique allemande à la toute fin du XVIe siècle et à l’orée du baroque. On commémore cette année les 410 ans de sa disparition.

Le nom de « Hassler » se retrouve chez plusieurs musiciens à commencer par le propre père de Hans Leo qui était Isaac Hassler (1530-1591) organiste à Nüremberg. Hans Leo nait dans cette ville, Isaac l’initia à la musique et au jeu au clavier, ainsi que pour ses deux autres frères, dans la grande tradition franco-flamande venue de Orlando di Lasso et liée au choral. Après avoir vraisemblablement découvert le madrigal italien auprès de Leonhard Lechner, cantor de l’église Saint-Laurent, le jeune Hans Leo est envoyé pour sa formation à Venise en 1584 auprès d’Andrea Gabrieli, l’un des plus grands maitres de son temps. Il en profite pour se lier d’amitié avec son neveu Giovanni Gabrieli, organiste en la Basilique Saint-Marc. Ce dernier fut le maitre de Heinrich Schütz. , par ce fait, devint le premier musicien allemand à se former en Italie et le plus grand précurseur de l’art vocal germanique.

A son retour en Allemagne en 1586, le Comte Octavian II de Fugger l’accueille à Ausbourg et lui propose une place d’organiste à la cathédrale. Cela lui apporte une large notoriété, notamment à la suite de la disparition de Lassus. Il est anobli en 1595 grâce à ses activités de compositeur, de virtuose et d’expert en facture d’orgue. Il rencontre par ses diverses activités le grand compositeur Michael Praetorius. Au tout début du XVIIe siècle, il retourne dans sa ville natale Nüremberg et devint directeur de la musique et musicien attitré de l’empereur Rodolphe II ainsi qu’organiste à la Frauenkirche. Il exerce également à cette époque les métiers d’horloger et de facteur d’orgue. Il se marie en 1604 avec une jeune femme de la ville d’Ulm qui le fait accéder à la classe bourgeoise. Plus tard, vers 1608, il s’installe à Dresde au service du Prince-électeur de Saxe Christian II. Touché par une tuberculose incurable, Hassler atteint des sommets de gloire de part ses fonctions de Maitre de chapelle à la cour et pour l’élaboration de plans d’orgues prestigieux. Il décède en 1612 à Francfort-sur-le-Main lors d’un voyage pour assister avec ses musiciens au couronnement de l’empereur Matthias.

Le style particulier de la musique de Hans Leo Hassler

Le voyage précoce en Italie du jeune Hans Leo marque le musicien de manière définitive. A Venise, il découvre auprès d’Andrea Gabrieli un art nouveau, celui de la polychoralité sous la forme du Motet. Retenant ces principes, il insère cette technique dans ses premières œuvres, privilégiant la ligne homophonique, propice au chant accompagné et construite sous une harmonie très recherchée. Ses œuvres vocales sont édifiées de manière à contraster pleinement le discours par l’usage de deux groupes de chanteurs chantant ensemble ou en alternance, projetés dans l’espace à la manière des joutes musicales à Saint-Marc de Venise. La spatialisation de la musique revêtait en effet à cette époque une importance fondamentale. Il n’hésite pas à utiliser le chromatisme comme outil expressif, toujours attentif de la beauté des sons qui en font un musicien avant-gardiste en ce passage bien particulier de la fin de la Renaissance et des premières armes du style baroque. Il marque profondément son temps et d’autres compositeurs, contemporains et successeurs, Michael Praetorius et Henrich Schütz tout particulièrement. Il apporte le style italien au delà des Alpes et pour la première fois à l’aube du XVIIe siècle, créant ainsi un mouvement d’importance pour le développement du nouvel art baroque en Allemagne.

Les œuvres vocales de Hans Leo Hassler

On note une abondance de pièces vocales dans la production de Hassler, qui furent bien diffusées de son vivant, manuscrites ou imprimées. Certaines furent transcrites pour les instruments, signe du grand intérêt qu’on leur portait alors. De nombreux Madrigaux, des Motets à deux chœurs et des Canzonettes évoquent puissamment le style des Gabrieli. Les Motets au nombre d’une centaine sont regroupés dans l’ouvrage Cantiones Sacrae et Sacri Contentus. Les Canzonettes italiennes sont dédiées au Comte de Fugger. Hassler compose huit Messes à 8 voix, chacune pour les 8 tons habituels de l’église. le Jardin d’agrément des nouveaux chants allemands (Lustgarten neuer teutscher Gesäng) publié en 1601 est un recueil regroupant lieder polyphoniques, monodies accompagnées et pages instrumentales. Le nom de Hassler reste attaché également à une composition tout à fait particulière qui se trouve dans ce recueil de chants allemands, une chanson dont la mélodie devint un choral fameux (O Haupt voll Blut und Wunden), celui-là même que Johann Sebastian Bach choisit comme fil conducteur de sa Passion selon Saint-Matthieu, entendu par cinq fois au cours du déroulement de l’action, dans différentes harmonisations.

L’œuvre pour clavier de Hans Leo Hassler

Compositeur remarquable pour ses œuvres chorales, son approche de la musique instrumentale soliste se résume au clavier, particulièrement à l’orgue. Cette partie de sa production représente un corpus de tout premier rang. Tout comme la musique vocale, l’influence italienne est prépondérante. A l’écoute des Gabrieli à Venise, il a forgé un style où se mêlent la liberté du sud et la rigueur de ses terres allemandes. Au nombre d’une centaine, on retrouve la plupart des formes habituelles : Toccate, Ricercari, Fugues, Chorals, Messe et plusieurs Magnificat pour orgue dans divers tons. On assiste à un discours à la fois savant et charmeur ou se mêle subtilement profane et sacré.

A l’instar du célèbre choral déjà cité, une autre composition a fait la renommée de cet auteur : il s’agit d’une suite de variations sur la chanson Ich gieng einmal spatieren (Je suis allé me ​​promener une fois) qui n’est autre que le thème très connu de La Monica des italiens, encore connu en France sous le titre Une jeune fillette, devenu un noël. C’est à l’époque une mélodie qui s’est répandue dans tout l’Europe et qui fut traitée par de nombreux compositeurs. Hassler compose trente et une variations sur cette mélodie et s’y montre un maitre incontesté du clavier (clavecin ou orgue), en un exubérant contrepoint riche en idées se succédant avec bonheur tout au long de l’œuvre. Cette pièce d’une durée de trente minutes environ fait écho à d’autres tout aussi géniales dont les Cento Partite de Girolamo Frescobaldi ou le Passamezzo varié de Samuel Scheidt. On pense aussi au Walsingham de Jonh Bull… Ce modèle servira plus tard à d’autres compositeurs (Bach et ses Variations Goldberg ou Beethoven et ses Variations Diabelli). Cette composition exceptionnelle laisse bien imaginer les talents d’improvisateur qui devaient être ceux de Hassler. Il y a en effet une grande spontanéité et une fraicheur dans cette musique. Il retrouve ces contrastes déjà utilisés dans sa musique vocale grâce à l’utilisation des diverses tessitures du clavier, créant tour à tour des micro-climats d’une variation à l’autre. C’est une œuvre d’endurance pour l’interprète mais beaucoup moins pour l’auditeur, entrainé d’un bout à l’autre par une vague déferlante et intarissable. Devant un tel génie créatif, on demeure étonné que de telle musiques soient à ce point si peu connues, de même que son auteur, dont le nom évoque seulement un lointain précurseur soit laissé dans l’ombre.

Hans Leo Hassler : Premier baroque allemand ?

Né à une époque charnière qui vit la fin de la Renaissance pour donner place à l’explosion d’un style nouveau avec l’ère naissante du baroque, Hassler se situe à un point stratégique. Il réveille la vielle école allemande avec le soleil de l’Italie et offre un style qui deviendra le fer de lance des futures générations, jusqu’à Bach, par cette manière bien particulière de manier la mélodie, la polyvocalité et ses oppositions de masse si caractéristiques de la musique vénitienne… On reconnait parfois quelques échos de fanfares dignes des meilleurs Gabrieli ! Cet anniversaire nous permet de nous rappeler et d’apprécier ce passeur de savoir et d’émotions.

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