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Une vie musicale de Laurent Bayle

Publié alors que vient de quitter son poste de directeur général de la Philharmonie de Paris, Une vie musicale retrace sous forme autobiographique le parcours de l’un des acteurs français les plus importants pour la musique des cinquante dernières années.

De ses débuts à Avignon à son départ d’une Philharmonie de Paris dont il est l’une des pierres angulaires de la création, livre un regard vif avec toujours du recul sur le monde musical depuis les années 1970. En cinq parties, trente-cinq chapitres, une préface et une coda, celui qui a connu et invité les plus grands interprètes de cette dernière moitié de siècle revient sur sa vie et ses combats.

Les deux premières parties, Les débuts d’Avignon à Strasbourg puis De L’Ircam à l’Opéra, rendent presque nostalgique au regard d’une période où les gouvernements, de droite (Pompidou) comme de gauche (Mitterrand, avec Jack Lang) avaient encore une véritable ambition pour la culture, en plus d’une certitude vers un progrès de l’humanité, bien disparus des débats politiques ces dernières décennies. Bayle y décrit ses découvertes et ses rencontres, dont la plus marquante : Pierre Boulez. Il reviendra à ce génie plus tard en plein milieu des chapitres sur la Philharmonie et préfère auparavant s’attendrir sur Manoury ou Barenboim, toujours avec un regard clair sur les hommes comme sur leurs actions.

Laurence Equilbey ou Khatia Buniatishvili ont aussi leurs chapitres, même si l’ancien directeur privilégie régulièrement les enjeux qui ont accompagné sa vie et le contexte musical français, dont celui qui a conduit à la création – partiellement ratée – de l’Opéra Bastille, celles – plus réussies même si aux ambitions toujours limitées – du Centre Pompidou, de l’Ircam ou de la Cité de la Musique, avant d’en arriver à la refonte – moyenne – de la Salle Pleyel et enfin l’ouverture de la Philharmonie, dont il rappelle les enjeux et pour laquelle il refait l’histoire depuis le début et les maquettes en compétition.

En plus du regard et de la vision, qui ont porté Laurent Bayle durant tant d’années, ressortent de grandes phrases, comme au chapitre sur Renzo Piano, où il cite puis développe Boulez : « Je me sens à l’aise avec une telle mise en garde : l’art n’est pas en soi destiné à être accepté. Il ne couvre aucun besoin formulé collectivement, aucune attente sociale déterminée. Il dévoile ce qui nous est étranger. C’est en cela qu’il est indispensable. » Ce livre, peut-être parfois trop didactique, dresse un passionnant panorama de l’histoire récente et contemporaine de la musique, pour laquelle les combats ne sont jamais terminés.

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