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« MM 1786 » : un cru mozartien en demi-teinte sous les doigts et la direction de Leif Ove Andsnes

Le premier volume du « Mozart Momentum » consacré à l’année 1785 nous avait séduit par des personnalités affirmées et une dimension pré-beethovénienne. Nous déchantons avec cette suite, certes bien composée, mais hélas dominée par une neutralité inexplicable.

L’aspect le plus positif de cette nouveauté vient de l’Orchestre de chambre Mahler, si musical et intelligent dans sa compréhension du phrasé mozartien. Que se passe-t-il alors ? Là où Andsnes suggérait dans le volume précédent (MM 1785) quelques pistes d’écoute vers Beethoven et Schubert, l’interprète norvégien s’en tient à une lecture guère inventive des deux concertos. Tous les éléments sont pourtant réunis, jusqu’à une prise de son fouillée et qui laisse respirer les basses. Pourtant, la mécanique tourne à vide, comme si, dans certains passages véloces des mouvements extrêmes des concertos, c’était le piano qui accompagnait l’orchestre ! Certes, le toucher du soliste est toujours aussi perlé et bien chantant, volubile à souhait, mais la réalisation demeure monochrome. Est-ce l’absence d’enjeux, éventuellement l’absence du public qui en serait la cause ? Ainsi, le mouvement lent – adagio – du Concerto en la majeur est uniformément delicatissimo. Tout paraît fluide, lisse, sans questionnement, dans l’esprit d’une musique de salon raffinée. Chacun assure sa mission, vents et cordes parfaits aussi bien dans les finales que, par exemple, dans les premières mesures du Concerto n° 24, propulsées avec une détermination magnifique. Le piano entre en scène presque en contradiction, sans force expressive. De fait, l’énergie s’étiole. Nous sommes loin des dialogues fusionnels des pianistes-chefs d’orchestre, quelles que soient leurs différences de conception dans ce concerto (Badura-Skoda, Anderzewski, Ashkenazy, Barenboïm, Pletnev…).

Du côté de la musique de chambre, le Trio et le Quatuor avec piano témoignent d’une belle fusion entre les pupitres. La place du violon à la sonorité élégiaque contraste avec un piano dominant et un violoncelle qui rompait, à cette époque, avec son rôle passablement ingrat de doublure des basses du piano. Le contrepoint savant du Quatuor place l’œuvre dans une autre dimension : le piano y assure un rôle concertant et les modulations du mouvement lent pressentent le style “schubertien”. Les quatre interprètes expriment cette évolution du langage classique avec beaucoup d’esprit. Nous retrouvons, ici, les qualités du précédent volume.

La clarté du timbre et la richesse des couleurs de la soprano Christine Karg se marient avec cette formation si étrange, qui associe le piano obbligato à l’orchestre. Faut-il regretter que celui-ci soit d’une richesse aussi opulente ? Assurément pas. Le fameux Rondo en ré majeur, enfin, sorte de divertissement quasi-improvisé, d’une désarmante désinvolture met en scène deux personnages. La liberté de ton, le refus de tout cadre, l’humour à peine effleuré, tout cela se révèle sous les doigts d’Andsnes. Cette année “1786” est décidément en demi-teinte…

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