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Le culte au féminin avec Lady Magma au Festival d’Avignon

C’est à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon qu’ présente en extérieur son travail autour de l’expression de la féminité au travers d’une quête des émotions primaires.

Créé le 3 avril 2019 à l’Atelier de Paris, Lady Magma est de retour dans une version retravaillée dans le cadre du Festival d’Avignon. Après avoir abordé les stéréotypes masculins dans Hope Hunt et Hard to be Soft – A Belfast Prayer, la chorégraphe irlandaise s’attelle désormais à questionner l’identité féminine par l’angle de la filiation. Elle interroge également le sentiment d’appartenance de chacun en tentant d’induire une montée d’empathie chez les spectateurs, au moyen d’une mise en scène inspirée des sectes des années 80, ainsi que de la démarche du Living Theatre des années 70.

La mise en condition du spectateur est essentielle dans Lady Magma. Afin de ramener chacun à un état au plus proche de la nature et de remanier totalement la frontière scène-salle pour maximiser les chances de toucher les spectateurs au plus profond de leur être, la chorégraphe décide de présenter sa pièce en extérieur. Ce rituel féministe conçu en quatre phases nous fait d’ailleurs voyager dans deux espaces du cloître de la Chartreuse, à l’image des cérémonies codifiées dont le spectacle s’inspire.

Une première performeuse se mêle à la foule et entame un discours qui se veut rassembleur et libérateur. Elle invite le public à boire un verre d’alcool, tel une première étape de purification et de lâcher-prise, afin de se rapprocher de l’état de corps des danseuses qui attendent allongées sur des tapis dans un second espace du cloître. Il est maintenant temps de prendre place en arc de cercle autour d’elles, assis sur des chaises ou bien à même la pelouse.

La deuxième phase du rite peut commencer. La danse commence par des contractions du périnée d’abord infimes, puis amplifiées et répercutées dans tout le corps, jusqu’à causer des crispations, des spasmes, voire des gémissements plaintifs. De par cette mise en mouvement, il s’agit d’entrer symboliquement en connexion avec les générations de femmes antérieures et la mémoire du passé, pour atteindre l’élévation au sens figuré comme au sens propre. Désormais debout, les performeuses revêtent par-dessus leurs nuisettes sobres et élégantes un pantalon, un t-shirt large, une veste, en fonction de leur personnalité et du sentiment d’assurance que leur procure le vêtement sélectionné.

Des percussions font leur entrée et impulsent un rythme groove à un ensemble qui se consacre désormais à célébrer la vie et l’amour. Les cinq personnalités fortes et hypnotiques des danseuses brisent les représentations archétypales de la femme et démontrent qu’appartenir à une communauté n’est pas nécessairement synonyme d’effacement de l’individualité, bien au contraire. Les cinq figures électrisantes marchent en rythme, se désarticulent, quittent le rectangle de tapis éclairé qui leur sert de « scène » pour courir autour des spectateurs et dans les autres espaces du jardin tout autour. Elles laissent libre cours à leurs émotions et à leurs pulsions organiques de mouvements dans une tentative d’inviter le public à ne serait-ce que ressentir l’envie de les rejoindre.

Lady Magma se termine sur un chant en question-réponse qui persistera dans la tête et le corps des spectateurs les plus hermétiques. Cette œuvre radicale, et probablement clivante, propose une expérience de communion singulière tant visuellement que personnellement, et cherche avec sincérité à réveiller le sentiment d’humanité au plus profond de chacun.

Crédits photographiques : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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