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La musique vocale de Samuel Adler, une onde de choc savamment sublimée par les Gloriae Dei Cantores

occupe une place de choix dans les compositeurs de notre temps. Sa vie musicale américaine lui a permis d’expérimenter et de développer toutes sortes de styles à partir des grands courants caractéristiques du XXᵉ siècle. Les musiciens de conduits avec conviction par leur chef nous permettent d’entrer dans l’étonnante musique vocale du compositeur.

Connu pour ses recherches dans divers domaines musicaux dont l’atonalité ou le sérialisme, le style de émerge par le choix de thèmes ou de rythmes bien particuliers souvent disposés de manière aléatoire. Ce programme de pièces vocales rassemble un éventail significatif de la production du compositeur dans ce domaine. Le titre même de l’album « Parler à notre époque » (To speak to our time) nous place bien dans une optique de séduction envers l’auditeur.

La première pièce A hymn of praise s’inscrit dans la tradition vocale anglo-saxonne en une polyphonie tonale et charmeuse soutenue par l’orgue. On y entend un verset solo par le ténor Josua Kanaga. Par la suite Let us rejoice explore d’autres sentiers harmoniques plus ardus qui confèrent à l’œuvre une saveur acidulée qui se fond harmonieusement dans l’acoustique généreuse de l’église de la Transfiguration à Orleans (Massachusetts, États-Unis), ville où résident ces musiciens.

Plus tard l’auteur emprunte des passages d’œuvres instrumentales pour les adapter aux voix, c’est le cas de My beloved is mine qui reprend des fragments de son deuxième concerto pour piano. Le Choral trilogy est hautement spirituel et se base sur des textes de la bible (Psaumes 22 et 149 et un chapitre extrait de « Romains 8 »). Le chœur dialogue avec l’orgue soliste, en une pâte sonore intense et livrée dans un langage lumineux et audacieusement harmonique qui demande aux musiciens une maitrise parfaite du discours musical. La partie centrale évoquant le texte des Romains apporte soudain un climat de calme, par un chœur parfois à la limite du murmure. Le dernier volet énoncé comme une fanfare offre un Alléluia où les voix et l’orgue réunissent leurs forces en un impact vif et tranchant.

To speak to our time représente la pièce maitresse de l’album. Samuel Adler compose cette œuvre a cappella avec la présence de deux violons en guise d’Interludes entre le chant, une nouvelle fois reposant sur des Psaumes et des Hymnes, en huit sections. Le compositeur mêle diverses langues dont le latin, l’allemand, l’hébreu et l’anglais, en un signe de paix et d’espérance. Les Interludes constitués par des duos de violons proposent un discours aride, à la limite de l’atonalité. Le chœur vient en alternance apporter un réconfort par ses textes et ses mélodies, plus apaisantes voire rassurantes. Le dernier volet réunit le chœur et les violons, ces derniers par leur langage toujours tourmenté, attirant les voix en un dialogue complexe, dissonant et transperçant. Le CD se termine en une douceur indicible avec How sweet the sound reprenant le thème célèbre du Amazing Grace, vielle mélodie populaire du XVIII siècle. Samuel Adler exprime ici un hommage musical à Aaron Coland dont il fut l’élève. Il utilise au plus près son langage, nourri de sérénité et de plénitude et enveloppé dans les profondes sonorités de l’orgue.

Les membres de dirigés parfaitement par constituent un ensemble de musiciens idéal pour un tel répertoire. Ils possèdent tous une maitrise absolue de leur art, chanteurs, violonistes et organistes, au service de textes musicaux très exigeants pour la justesse, les rythmes, et pour l’impact émotionnel qu’il suscitent. L’écoute est chaleureuse, vivante et inspirée, de quoi faire aimer une musique qui tient souvent de la découverte. Samuel Adler compte parmi les grands compositeurs américains de l’après-guerre. Ce disque est un très beau reflet de son art.

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