L'un des principaux créateurs estoniens de notre temps propose sa Symphonie n° 10 pour quatuor de cors et orchestre portée par des musiciens convaincus, d'accès ardu certes, mais d'un intérêt indéniable.
Erkki-Sven Tüür âgé de 65 ans s'est imposé depuis plusieurs décennies comme l'un des compositeurs estoniens majeurs de sa génération. Principalement autodidacte, il étudie les percussions et la flûte à l'Ecole de musique de Tallin (1976-1980), la composition avec Jean Rääts à l'Académie de musique de la capitale et bénéficie de leçons privées avec le célèbre Lepo Sumera. Il met sur pied en 1979 un groupe de rock de chambre très inspiré, baptisé In Spe, qui devient très populaire dans le pays. Il enregistre son premier grand succès avec Insula Deserta en Finlande en 1989. En 1994, son Requiem reçoit un prix à Paris (International Rostrum of Composers Competition) et son opéra Wallenberg est créé à Dortmund en 2001. Il cofonde un festival annuel de musique contemporaine « Nyyd » (Maintenant) qui se déroule à Tallinn. La liste de ses œuvres, résolument modernes, complexes, énergiques, oscillant entre intuition et rationalité, propose dix symphonies écrites entre 1984 et 2021, des concertos pour violoncelle, marimba, pour alto, pour clarinette…, des pièces pour orchestre dont Aditus, à la mémoire de Lepo Sumera, De Profondis, Phantasma ; de la musique de chambre et vocale.
Ce compositeur souvent considéré comme le digne successeur de son illustre compatriote Arvo Pärt a écrit en 2021 sa Symphonie n° 10 Æris (« cuivres ») qui fait la part belle aux cuivres comme l'indique Tüür qui rappelle que le titre de sa symphonie signifie aussi « air ». « Le titre de ma dixième symphonie se concentre principalement sur le son des cuivres qui porte le poids de cette composition ». L'auteur lui octroie une densité croissante confiée aux bois qui offrent un contraste avec l'axe sonore des cors français qui s'étire lentement, et ainsi que le précise Tüür qui servira de socle au thème du quatuor de cors. Les quatre mouvements de la symphonie plus ou moins intimement liés, plus ou moins indépendants étendent leurs marques sur l'ensemble de la phalange orchestrale entretenant avec cette dernière des liens complexes. Le compositeur confie que le quatuor de cors, sorte de messager, laisse sa marque profonde sur le déroulement musical à venir et ne souhaite en rien minimiser ou simplifier l'intensité et l'ampleur de son discours global. Et de fait, l'hyperactivivité sonore qui caractérise cette pièce aux mélodies réduites, aux rythmes foisonnants signe une œuvre singulière et inspirée, interprétée avec conviction par l'Orchestre symphonique national d'Estonie emmené par son chef Olari Elts, grand habitué des œuvres de Tüür.
L'album est complété par deux œuvres plus anciennes. Datant de 2018, Phantasma pour orchestre (13′) est plus ou moins lointainement inspirée de l'ouverture de Coriolan de Beethoven tandis que De Profondis (17′), pièce écrite en 2013 et dédiée à Olari Elts, se caractérise par la mise en place d'une intensité croissante, rapidement lumineuse et impressionnante.
Les compositions proposées dans cet enregistrement offrent un précieux témoignage de l'art du maniement orchestral singulier d'Erkki-Sven Tüür.