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Philhar’ intime : Beethoven et Fauré au programme avec Marie-Ange Nguci

Dans le cadre des concerts de musique de chambre, les musiciens du Philhar associés à la pianiste en résidence, Marie-Ange Nguci, convoquent Beethoven dans le Quatuor à cordes Op. 18 n° 1 et dans le Quintette pour piano et cordes n° 2.

Composé en 1799, le Quatuor n° 1 de Beethoven (en fait le deuxième par ordre de composition) se caractérise par sa longueur (le plus long des six de l'Opus 18) mais surtout par sa densité expressive qui marque indiscutablement une césure avec les quatuors de l'époque classique. Abandonnant délibérément le cantabile des quatuors de Haydn et Mozart, il contient en germe les prémisses des  quatuors de la maturité qui conduiront le maitre de Bonn au sommet de genre que l'on sait…Il comprend quatre mouvements : un Allegro con brio initial, construit sur un motif exposé à l'unisson dès les premières mesures, qui permet d'emblée d'apprécier la clarté et l'équilibre de la polyphonie entre les violons I et II de et Ji-yoon Park (tous deux premiers violon solo de l'orchestre), l'alto de et le violoncelle d' ; peut-être le plus beau mouvement de ce quatuor, l'Adagio affettuso e appassionato est un grand moment d'émotion suspendu entre effusion et méditation qui annonce les futurs mouvements lents des quatuors romantiques, mettant en avant le legato sublime et la superbe sonorité de , en même temps que la cohésion et la plasticité de l'ensemble dans une profusion en nuances ; le Scherzo facétieux fait la part belle aux deux violons largement prédominants, avant que l'Allegro final ne renoue avec l'esprit du premier mouvement par sa polyphonie véhémente témoignant d' un savant travail contrapuntique.

D'un climat bien différent le Quintette avec piano n°2 de voit l'arrivée sur scène de la pianiste , artiste en résidence à Radio France pour cette saison. Chef d'œuvre de la dernière période créatrice du compositeur, considéré comme un des sommets du catalogue fauréen, composé en 1920 par un musicien déjà lourdement handicapé par une surdité touchant essentiellement les aigus, il se caractérise par sa polyphonie dense et savante qui réunit dans une étroite symbiose piano et cordes  associant dans un contrepoint d'une rare expressivité des cordes très effusives et un piano volubile. Il se décline en quatre mouvements : un Allegro moderato entamé par l'alto au timbre nostalgique qui ouvre la voie à une interprétation tendue et tourmentée ; plus fantasque le Scherzo suivant se teinte, quant à lui, d'un modernisme étonnant et malicieux par sa rythmique obsessionnelle où se conjuguent les traits vertigineux du piano et les pizzicati incisifs des cordes dans une véritable course à l'abime virtuose parfaitement mise en place ; plus apaisé l'Andante moderato retrouve un peu de sérénité après ce Scherzo endiablé pour laisser s'épancher l'émotion et la douleur dans une ample et poignante polyphonie, avant que l'Allegro final n'achève cette remarquable interprétation dans une cavalcade enjouée et virevoltante, réunissant des cordes et un piano flamboyants portés par un même élan jubilatoire.

Crédit photographique : © Valentine Chauvin

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