Les pièces vocales et instrumentales choisies par le cornettiste François Cardey et son ensemble illustrent les peintures les plus marquantes d'Artemisia Gentileschi et mettent en musique l'art du clair-obscur caractéristique de la peinture baroque.
Trois figures féminines issues des Ecritures parcourent l'œuvre picturale d'Artemisia Gentileschi : la Vierge Marie, l'infortunée Susanne et la repentie Marie de Magdala, qui ont également inspiré la production musicale de la première moitié du Seicento italien. Ce sont elles que l'on retrouve dans les pièces vocales de ce programme, en alternance avec des pièces instrumentales de la même époque, dont le cornet et le violon se partagent la déclamation. Il est tout à fait dans l'air du temps de s'intéresser à cette artiste, victime d'un viol dans sa jeunesse et qui s'identifie pour cela à la chaste Susanne surprise au bain par les vieillards lubriques ; le musée Jacquemart-André a récemment consacré une grande rétrospective à celle qui est devenue malgré elle une icône féministe. Le livret abondamment illustré qui accompagne le disque donne la parole à une historienne de l'art (Anne Delage) pour un portrait de cette artiste qui s'inscrit dans la lignée des peintres caravagesques.
Créé en 2015 par le cornettiste François Cardey, l'ensemble Agamemnon se consacre aux répertoires italien et germanique du XVIIᵉ siècle. Il s'attache à faire découvrir des pièces oubliées, en tissant des liens thématiques avec la littérature, la poésie, les arts plastiques et les cinq sens plus généralement. Comme ce que nous donne à voir la peinture de cette époque, le répertoire baroque italien décrit les émotions humaines en se basant sur les contrastes. Pour illustrer l'histoire malheureuse de Susanne et les vieillards, la cantate Susana combattuta de Domenico Mazzocchi occupe la partie centrale du programme et nous offre une véritable scène d'opéra, où la voix bien timbrée de la soprano Amandine Trenc exprime les affects les plus variés. Pour Marie-Madeleine en extase, il est fait appel à un motet très virtuose d'Alessandro Grandi, puis c'est à nouveau Mazzocchi qui illustre les larmes de la sainte au pied de la croix. Ce Lagrime amare d'une grande sensualité est riche d'incroyables chromatismes, et la voix glisse sur des inflexions microtonales d'un effet saisissant. Les musiques vocales mariales d'Orazio Tarditi, Lucretia Vizzana et Francesca Caccini sont plus sages et pleines de tendresse. Mais ce sont les épisodes instrumentaux, où le violon d'Anaëlle Blanc-Verdin et surtout le cornet de François Cardey font assaut de virtuosité, qui nous réjouissent le plus, et en particulier les diminutions au cornet sur la chanson « Susane un jour » d'Orlando di Lasso. Après l'ombre des sentiments tourmentés apparaît la lumière de l'espérance.