Dans un récital titré La Nuit et l'Amour à l'Opéra Garnier, les jeunes artistes de l'Académie de l'Opéra de Paris ont ravi dans des scènes d'opéras français et anglais. Quatre chanteuses déjà très convaincantes l'an dernier y ont tenu particulièrement leurs promesses, soutenues d'une main de maître par la cheffe Stephanie Childress.
Comme si les programmateurs de l'Opéra de Paris s'étaient coordonnés avec ceux de Radio France, le concert de l'Académie alterne des scènes d'opéras français et anglais en faisant la part belle à Debussy et Britten, deux compositeurs justement mis en avant au même moment à la Maison de la Radio par John Eliot Gardiner.
Mais si l'« Air de Lia » tiré de L'Enfant prodigue clôturait le concert du chef anglais, il ouvre le programme lyrique de la cheffe à l'Opéra Garnier, juste après un prélude symphonique, La Nuit et l'Amour d'Augusta Holmès. Grâce à l'extrait de Debussy on découvre ce soir la soprano brésilienne Lorena Pires. D'une puissance vocale déjà à même de ne faire qu'une bouchée de cette partie de cantate, elle l'aborde finalement comme un air de bravoure, même si l'approche plus légère d'une artiste confirmée comme Anna Prohaska cinq jours auparavant s'y adaptait mieux.
Titré comme la pièce de la compositrice romantique française précitée, le récital est aussi l'occasion de fêter la dixième saison de l'Académie de l'Opéra national de Paris. Et si celle-ci exposait déjà avec éclat les qualités de ses artistes lors des représentations de L'Isola Disabitata de Haydn en mars l'année passée, les quatre femmes remarquées alors ne font que confirmer leurs promesses. Remarquable de bout en bout, la mezzo Amandine Portelli laisse entrevoir dès sa Mère Marie du Dialogues des Carmélites de Poulenc qu'elle peut prétendre à de grandes productions dès à présent. C'est encore elle qui ressort le plus des quatuors vocaux de Peter Grimes et d'A Midsummer Night's Dream de Britten. Mais c'est surtout en fin de récital, avec son espiègle et ravissante Concepción dans L'Heure Espagnole de Ravel, que la chanteuse nous laisse déjà envisager pouvoir devenir l'une des Carmen les plus attirantes de la prochaine décennie.
Presque aussi prometteuse, l'Américaine Isobel Anthony dévoile toute sa finesse en Blanche face à la Constance pleine de flamme de Sima Ouahman. Toutes deux Silvia dans l'opéra de Haydn en 2025, elles avaient approché différemment leur partition, leurs voix de soprano affirmant aujourd'hui encore mieux leurs spécificités. Si la première montre plus d'assise, la seconde plus légère peut s'épanouir à loisir dans d'étincelantes contre-notes. Au quatuor de Peter Grimes précité, Sima Ouahman se démarque comme la soprano la plus « mature », malgré pourtant le simple rôle de la Deuxième Nièce, face aux plus jeunes Neima Fischer (Première Nièce) et Ana Oniani (Ellen Orford), cette dernière très subtile dans sa dernière note longuement filée. Juste avant, l'Ukrainienne Daria Akulova offre plus d'ampleur au même rôle, cette fois dans la Scène I de l'Acte III de l'opéra anglais, face au baryton-basse Luis-Felipe Sousa.
Lui aussi déjà entendu dans la production de Haydn, le chanteur brésilien revient en fin de soirée face au ténor Bergsvein Toverud et au baryton Clemens Alexander Frank, et nous faire beaucoup rire par son jeu d'acteur dans L'Heure Espagnole. Le ténor Matthew Goodheart complète cette partie en chantant le bien cocu Torquemada, malmené comme évoqué par la coquine Amandine Portelli, auparavant plus sage dans le rôle d'Hermia, quand son acolyte tenait le beau et clair Lysander au quatuor d'A Midsummer Night's Dream. Juste avant encore, Ana Oniani a rouvert la seconde partie de soirée avec un rôle parfaitement placé pour elle : celui de Female Chorus de l'opéra The Rape of Lucretia, toujours de Britten et très bien accompagné par le quintette de musiciens placé sur le devant de la scène en demi-cercle autour de la cheffe. Entre les deux, un extrait de L'Enfant et les Sortilèges de Ravel permettait de remarquer le timbre charmeur de Neima Fischer en Princesse, cette fois face à la mezzo Sofia Anisimova en Enfant. Au début de la soirée, cette autre soprano ukrainienne a tenu une Mélisande très lyrique face au Pelléas plus posé du baryton Clemens Alexander Frank.
De l'Orchestre de l'Opéra de Paris présent en grande formation sur la scène de Garnier, ressortent souvent les harpes dans la musique française et les contrebasses dans la musique anglaise ; les premières par leurs clartés cristallines, les secondes d'une belle gravité pour s'adapter aux climats recherchés et rapidement trouvés par Stephanie Childress. Très juste, la cheffe parvient à s'adapter à chaque partie des partitions sans jamais en faire trop. Elle tient avec une grande maîtrise l'orchestre, en même temps qu'on la voit souvent mimer les textes des livrets pour les chanteurs. Pour les voyageurs, il sera possible de l'entendre diriger La Traviata en février à l'Opéra de Finlande ; espérons qu'une salle lui propose un ouvrage de Britten la prochaine saison !