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Sur instruments modernes et avec William Christie, Les Saisons de Haydn à Luxembourg

Lecture fine et transparente d'une partition emblématique du tout début du XIXᵉ siècle. Sous la baguette de , interprétation tout en contrastes des chanteurs des Arts Florissants et des instrumentistes du .

Il est toujours plaisant, au beau milieu des rigueurs de l'hiver, d'être rappelé à l'existence du cycle des saisons. On ne boudera donc pas le plaisir de réentendre en cette fin de janvier le deuxième des grands oratorios de Haydn, même si la fraîcheur naïve du texte, ainsi qu'un figuralisme musical habile mais aujourd'hui quelque peu suranné, restent surprenants pour un ouvrage conçu et composé à l'époque du romantisme naissant. Cette pièce du tout début du XIXᵉ siècle, à la jonction du classicisme finissant et des premiers élans des bouleversements esthétiques qui allaient changer en profondeur la manière de concevoir et d'écrire la musique, semble d'ailleurs marquer les limites chronologiques des différents répertoires abordés pendant toutes ces décennies par le grand .

La direction ferme et énergique du chef, ses articulations nettes et tranchées évidemment issues du baroque, peuvent paraître en léger décalage avec le choix de faire jouer la partition par les instruments modernes du . Les amples et majestueuses sonorités des bois et des vents, notamment, paraissent légèrement incongrues pour un ouvrage que Christie, par sa direction, semble chercher à vouloir tirer vers ses origines baroques. Les cordes, en revanche, semblent davantage en adéquation avec des choix interprétatifs qui jouent la carte du premier degré et qui rendent à l'ouvrage de Haydn la candeur et la fraîcheur inhérentes à cette célébration inconditionnelle des joies terrestres de la vie et de la nature. Solistes et choristes s'en donnent à cœur joie, chantant avec enthousiasme et conviction les beaux airs, chœurs et ensembles conçus par Haydn, auxquels on aurait toutefois souhaité un fil conducteur un peu plus organisé. Donner, comme le suggère Marc Vignal dans le texte de présentation du concert, Les Saisons comme suite à La Création, donnerait effectivement plus de cohérence et plus de pertinence à cet oratorio.

Les chanteurs, en tout cas, sont tous d'un excellent niveau. La soprano canadienne fait valoir un instrument fruité et joliment timbré, conduit avec une exquise musicalité et tout l'humour nécessaire pour le petit récit dans le récit que constitue l'exquise aria « Ein Mädchen, da sauf Ehre hielt » de la dernière partie. Doté d'un timbre un peu sec, le ténor parvient néanmoins à se montrer incisif et expressif dans le rôle du Lucas, tandis que le baryton-basse affiche un organe chaleureux et malléable pour la partie de Simon, tout en rondeur et en bonhomie. Le chœur des Arts Florissants, très sollicité dans un ouvrage comme celui-ci, est comme à l'accoutumée à la hauteur de la situation.

Belle soirée luxembourgeoise, généreusement saluée par un public heureux et conquis.

Crédit photographique : © Ines Rebelo de Andrade

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