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Passionnant premier album de l’ensemble La Ferté, entre audace et maturité

Le premier album du jeune propose d'écouter les « Sonates oubliées » du compositeur baroque . Un projet discographique entre richesse musicologique,  démarche créative et prises de risque audacieuses mais toujours argumentées.

La Vertuosa Compagnia de Musici di Roma, avec à sa tête le violoniste Valerio Losito, s'était lancée dans la redécouverte de ce Premier Livre de Sonates pour violon et basse composé par le musicien (1666-1746) avec les six premières sonates enregistrées dans un disque paru en 2021 (Da Vinci Classics). Aujourd'hui l' propose l'écoute complète des douze sonates du corpus organisées en deux parties distinctes et équilibrées, selon trois piliers harmoniques ( majeur, sol majeur et mineur), que les trois musiciens respectent tout en faisant le choix d'un ordre d'exécution de ces pièces plus personnel, justifié par leur variété de formes et leur caractère.

Daté de 1707, ce recueil de Sonates, seule œuvre connue à ce jour de ce compositeur français baroque de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècles, témoigne des qualités musicales superlatives de ce musicien oublié de l'histoire de la musique. Les Sonates de Charles de La Ferté ne sont pas de simples compositions musicales, elles illustrent le changement important des styles musicaux de leur époque et l'évolution du rôle du violon dans la tradition musicale française. En effet, avec le violon et la basse, La Ferté s'éloigne des instruments solistes dominants de la Chambre du Roy comme la viole et le clavecin, enrichissant ainsi le répertoire de la musique baroque.

Enracinées dans les traditions françaises, les Sonates de La Ferté témoignent aussi des influences italiennes de leur temps (la Sonate n°2 est d'un seul tenant comme le modèle de la sonate italienne de la fin du XVIIe siècle), en particulier du style de Corelli (Sonates n°6 et n°11), tout en maintenant les caractéristiques propres à la musique française par l'héritage de Lully et celui de la suite de danse (Sonates n°7, n°9 et n°10).

C'est ainsi un travail de réhabilitation qu'entreprend l', mais aussi de reconstruction de l'interprétation du style français propre à cette musique composée dans une période charnière. Ce travail musicologique entrepris durant trois années certainement intenses au regard de la rigueur historique de cette démarche, est détaillé  dans un livret de présentation idéal pour en comprendre toute la teneur.

Danse, virtuosité et richesse contrapuntique sont défendues d'abord par le violon en position basse de , à l'instar des musiciens de l'époque, privilégiant ainsi rondeur et résonance. Cette position est complétée par la tenue d'archet « à la française », un choix qui favorise l'articulation du discours musical et des attaques incisives. La basse continue du clavecin de Nicolas Machowiak est inspirée et pleine de vie, ne se limitant pas à une simple exécution harmonique, et soutenant solidement la souplesse de phrasé séduisante menée par les deux instruments à cordes frottées. Assuré par le claveciniste, l'usage historiquement informé de l'orgue positif offre quant à lui ponctuellement un timbre noble et généreux à la réhabilitation de ces pages.

Une réflexion approfondie sur l'ornementation a été également menée, basée sur les traités de l'époque de Muffat, Montéclair et Saint-Arroman, chacun devenant ainsi un élément de langage à part entière. Les contreparties de viole de gambe menées par sont caractéristiques du style naissant de la sonate française, l'instrument chantant parfois avec autant d'éloquence que le violon (Récit de basse, Sonate n°12), l'ensemble La Ferté s'autorisant même à composer une contrepartie pour la viole dans l'Allemande de la Sonate n°7.

Le lien entre la musique et la « belle danse » complète cette réflexion déjà riche, avec la collaboration de la danseuse et chercheuse (et une formation de danse baroque suivie par chacun des interprètes !), éclairant ainsi les tempi et les phrasés des trois musiciens. Une approche transversale où la musicologie se nourrit de la poésie du geste.

Entre la révélation d'un jeune ensemble baroque, la réhabilitation d'un compositeur oublié et la démarche musicologique qui l'accompagne, que de belles découvertes pour ce premier disque éminemment abouti !

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