Lors d'un week-end « Science-Fiction », la Philharmonie de Paris se transforme en salle de cinéma vivant pour La Planète Sauvage et Blade Runner, ce dernier servi par la musique de Vangelis, jouée en live par les musiciens de The Avex Ensemble.
Film dystopique parmi les plus célèbres, Blade Runner de Ridley Scott a déjà 44 ans, mais n'a peut-être jamais été aussi actuel. Basé sur le livre de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, ce chef-d'œuvre de la science-fiction porté par Harrison Ford met en évidence l'erreur de certains humains. Avoir voulu se prendre pour dieu en créant des êtres qui leur ressemble, aussi voire plus intelligents qu'eux. Nommés répliquants, ces faux humains sont finalement ce que l'on nommerait aujourd'hui des intelligences artificielles, avec des capacités de survie plus adaptées dans les milieux hostiles… un rêve qui passionne nombre de concepteurs, dont les plus célèbres de la Silicon Valley.
Pour ce qui nous occupe ici, l'intérêt principal de revoir ce film à la Philharmonie est qu'il est créé pour la première fois en France dans sa version ciné-concert. Pour cela, la scène modulaire a été repoussée vers le fond, surplombée par un grand écran, et le parterre prolongé par de nombreuses rangées de sièges. Sur la scène, The Avex Ensemble réunit une dizaine d'instrumentistes, dirigés du synthétiseur au centre par Pete Billington.
Copieusement amplifiée par un système sonore géré par deux ingénieurs du son positionnés derrière le parterre, la musique de Vangelis jouée par les musiciens est ici retranscrite en version stéréo, de même que les paroles et sons d'ambiance, sans utilisation d'un système Dolby Atmos ou home-cinéma. Pour autant, le dispositif se montre pleinement immersif et ce dès le générique d'introduction, marqué par les énormes coups de grosse caisse du percussionniste Billy Stookes, assisté sur d'autres percussions par Peadar Townsend. Pendant certaines parties et les longs dialogues, les musiciens restent inactifs, alors on avoue juste regretter un peu qu'il y ait eu besoin d'un entracte au milieu du film, là où l'atmosphère obscure et tendue fantastiquement créée par Ridley Scott aurait mérité d'être maintenue sans interruption.
Cependant, même si les scènes d'action ou de paroles avec musique concentrent surtout le regard sur le film lui-même plutôt que sur les musiciens, ce type de représentation cinématographique apporte quelque chose en plus dans l'ambiance. Le regard et surtout l'esprit sont plus captifs, et les personnages sur l'écran paraissent plus présents ; on pourrait même dire plus vivants, même les répliquants. Complètes depuis des mois, ces séances amènent un public différent de celui des concerts classiques et renforce notre avis sur le fait que le pont le plus évident entre musique classique et nouveau public est très certainement la musique de film, avec ou sans écran.